La BNS prête à intervenir activement sur le marché des devises

mardi, 23.06.2020

Daniel Kalt* et James Mazeau**

Daniel Kalt et James Mazeau

A l’occasion de l’évaluation de situation de juin, la Banque nationale suisse a maintenu son taux directeur à -0,75%. Elle estime que le franc suisse est encore très élevé et elle se tient prête à intervenir activement sur le marché des devises.

La Banque nationale suisse (BNS) prévoit un violent effondrement de l’économie mondiale au premier semestre de l’année, avant cependant une reprise à partir du troisième trimestre. Pour 2020, elle prévoit une baisse de 6% de l’activité économique helvétique, en ligne avec le consensus du marché. 

Dans le cadre de sa prévision d’inflation conditionnelle, elle table sur une inflation plus faible qu’en mars - tenant compte de l’affaiblissement de la situation économique et de la baisse des prix du pétrole.

Les interventions de la BNS

Au cours du trimestre écoulé, la BNS a été sollicitée sur deux différents fronts. D’une part, le franc s’est fortement apprécié par rapport à l’euro. La politique monétaire très expansive de la Banque centrale européenne (BCE) et l’émergence d’inquiétudes quant à l’avenir de la zone euro ont mis la monnaie unique sous pression. En avril et mai, la BNS n’est parvenue à maintenir le cours du change de l’EURCHF au-dessus de la barre des 1,05 qu’au moyen d’interventions massives sur les marchés des changes.

Par ailleurs, la BNS a encouragé le secteur bancaire à aider les entreprises helvétiques en leur octroyant des prêts-relais et en relevant le seuil à partir duquel les liquidités des banques auprès d’elle sont soumises à des taux d’intérêt négatifs. En parallèle, la BNS a injecté des liquidités sur le marché monétaire pour éviter une hausse non souhaitée des taux d’intérêt.

Peu de changements en vue

Au second semestre, la politique monétaire suisse devrait quelque peu se normaliser. Compte tenu de l’affaiblissement du franc par rapport à l’euro, des interventions massives sur les marchés des changes ou même une baisse des taux d’intérêt semblent être exclues pour le moment. 

Durant les phases d’appréciation temporaire du franc par rapport à l’euro, la BNS devrait être amenée à poursuivre ses interventions ponctuelles. Dans tous les cas, la BNS restera fidèle à son engagement d’intervenir ou d’abaisser les taux d’intérêt lorsque cela s’avère nécessaire.

Sur le plan intérieur, la BNS devrait maintenir les mesures de soutien liées au programme Covid-19, sans toutefois les renforcer davantage. 

A court terme, une hausse des taux d’intérêt, voire un retour à des taux positifs, n’est pas à l’ordre du jour. Tout relèvement des taux directeurs nécessiterait au préalable une normalisation de l’utilisation des capacités – tant en Suisse que dans la zone euro. Ce n’est que lorsque l’écart de production aura été comblé que les risques inflationnistes redeviendront un enjeu pour les banques centrales et que celles-ci pourront envisager éventuellement de relever leurs taux. 

Les dangers qui guettent

L’éventualité d’une deuxième vague de propagation du virus constitue l’un des principaux risques. Le redéploiement des mesures de confinement qui s’avérerait alors nécessaire serait à même de considérablement ralentir, voire d’empêcher toute reprise économique. La BNS serait dès lors contrainte d’agir à différents niveaux. Dans un tel scénario, elle serait probablement amenée à devoir abaisser ses taux.

Autre risque possible: la classification par le département du Trésor américain de la Suisse comme «manipulatrice de monnaies». Certains acteurs des marchés des changes s’interrogent d’ores et déjà sur la capacité de la BNS à réagir rapidement et de façon décisive et crédible à une appréciation du franc dans une telle situation.

* Chef économiste Suisse
** Economiste, Chief Investment Office
UBS Global Wealth Management





 
 
 

AGEFI

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