J’ai piloté une machine avec mon cerveau

lundi, 21.10.2019

Patrick Joset*

Patrick Joset

Il y a quelques semaines, je vous ai parlé des limites quelque part bienvenues de l’IA. Avec à la clé des exemples éloquents du large fossé qui la sépare heureusement encore de l’intelligence humaine. Je tiens cependant à vous faire part d’une expérience personnelle édifiante vécue il y a maintenant deux ans. Et pour une fois, je ne serai pas le rabat-joie de service. Il s’agit du projet MentalWork qui a pris ses quartiers entre octobre 2017 et février 2018 à l’ARTLAB sur le campus de l’EPFL..

Très intrigué par une annonce publique invitant à participer sans risques à une étude, je m’inscris. Je me présente ainsi à la date fixée dans l’un des nombreux bâtiments annexes de l’EPFL joliment décoré du logo noir et mystérieux de l’expérience. Celle-ci dure environ deux heures. Elle commence par une longue étape d’entrainement. On me coiffe d’un casque d’électrodes sèches qui entoure complètement ma tête. Appelé ainsi, ce casque évite les inconvénients de l’application d’un gel conducteur pour réduire l’impédance entre le cuir chevelu et le capteur. Il s’agit ensuite de penser très fort à un geste simple. Celui de serrer fermement le poing, puis de le relâcher. Ce geste sera virtuellement répété de multiples fois, dans différentes situations et avec l’aide d’un simulateur. Le but étant de cataloguer le fonctionnement de mon cerveau dans l’une des catégories préalablement identifiées. 

Après plus d’une heure d’entrainement, on passe enfin à la véritable expérience. Celle d’appliquer le geste interminablement répété à une grosse bielle argentée entraînant la roue d’une étonnante machine. Après un effort cérébral démesuré, arrive enfin la jubilation de faire tourner la gigantesque roue par la pensée. Mais aussi le soulagement d’y être arrivé, certains n’ayant pas cette faculté. Et celui d’être débarrassé du casque. J’avoue que c’est l’une des rares fois où j’ai apprécié d’être à moitié chauve…

Ce projet vise à démontrer que l’utilisation d’électrodes sèches constitue une solution valable d’interface cerveau-machine destinée au grand public. Et que la performance de l’utilisateur tend à s’améliorer sur une durée relativement courte. Les résultats, qui doivent encore être publiés, suggèrent que cette technique pourrait bientôt concerner une population bien plus grande et diversifiée que quelques chercheurs farfelus ou professeurs Tournesol.

Il y a ainsi un domaine qui, associé à l’IA, présente des percées encourageantes, voire spectaculaires. C’est celui des neurosciences cognitives. Cette science étudie les mécanismes neurobiologiques qui sous-tendent la perception, la motricité, le langage, la mémoire... Aujourd’hui déjà, le mariage de la science et de la technique permet d’améliorer les capacités physiques et mentales des êtres humains. Par exemple pour atténuer les effets d’une maladie dégénérative comme celle de Parkinson. Ou pour compenser un handicap physique. Et rapprocher ainsi le monde réel de celui de la pensée et des rêves.

* Groupe ABISSA





 
 
 

AGEFI

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