Initiative pour l’autodétermination: du cheval de Troie à la roulette russe

mardi, 23.10.2018

Nicolas Durand*

Nicolas Durand

L’initiative dite pour l’autodétermination sur laquelle les Suisses devront se prononcer le 25 novembre prochain relève de cette arnaque informatique appelée «Phishing» … Vous savez ces emails qui, si on les ouvre, nous parasitent notre système informatique. Tout le monde sait qu’il ne faut pas l’ouvrir, mais parfois, la curiosité ou la naïveté l’emporte, et voilà l’ordinateur contaminé. Demandons-nous si cette initiative n’est pas similaire.

«Le droit suisse au lieu de juges étrangers».

Voilà une bien belle formulation populiste …

Mais quel citoyen pourrait donc bien préférer être jugé par des étrangers plutôt que par le droit de son pays? Espérons que nos concitoyens ne s’arrêtent pas à ce titre alléchant, car il s’y cache un véritable danger.

Si on lit attentivement le texte de l’initiative, on comprend qu’il s’agit de faire systématiquement prévaloir le droit suisse sur le droit international, avec un effet rétroactif, afin de pouvoir mettre en pratique de manière stricte plusieurs initiatives acceptées par le peuple qui n’ont été que «adaptées», non sans peine, par nos politiciens afin de préserver les nombreux accords internationaux que notre pays entretient avec le reste du monde.

Selon les initiants, il semblerait que notre actuelle démocratie directe soit bafouée et qu’il faudrait permettre aux Suisses de pouvoir modifier n’importe quel article de loi quitte à le rendre contraire au droit international… et tant pis pour les engagements déjà conclus.

On nous aurait donc menti durant plusieurs siècles? J’ai personnellement le sentiment que notre démocratie directe fonctionne très bien et qu’il serait dommage de mettre en danger notre économie simplement parce qu’une partie d’entre nous a un sentiment de ne pas être suffisamment écoutée.

Rappelons également que le concept de droit international n’est pas un droit étranger puisque la Suisse a participé à élaborer ces valeurs universelles qui incarnent nos sociétés modernes.

Imaginons un instant que cette initiative soit acceptée par le peuple Suisse: L’UDC aurait alors la possibilité d’imposer au Conseil fédéral l’implémentation stricte de leur initiative sur l’immigration de masse acceptée en 2014, ce qui forcerait nos représentants à aller renégocier avec l’Europe l’accord sur la libre circulation des personnes (ALCP).

L’Europe par l’intermédiaire de ses représentants, a été très claire à de nombreuses reprises sur le fait qu’elle n’entrerait pas en matière sur une telle renégociation, ce qui obligerait le Conseil fédéral suisse à dénoncer cet accord spécifique. Or, comme il appartient aux accords bilatéraux, la clause guillotine serait activée et la totalité des accords de ce paquet serait dénoncés. Un sabotage parfait pour notre système qui serait isolé, prêt à être «reformaté».

Dans mon cas spécifique, les appareils de diagnostic médicaux que nous fabriquons ici bénéficient de l’accord sur les obstacles techniques au commerce afin de pouvoir rapidement obtenir les certifications européennes, nous permettant de vendre nos appareils dans plus de 28 pays de l’Union européenne. Si les accords bilatéraux tombent, il en résulte un retour en arrière de plusieurs décennies. Est-ce que le pays numéro un de l’innovation veut vraiment une telle rupture avec la scène internationale?

Avec leur initiative pour l’autodétermination, les initiants tentent donc ainsi de mettre en place un «cheval de Troie» … très malin dans l’acception du mot, et aussi très dangereux!

Espérons que le peuple Suisse ne soit pas dupe et comprenne la manœuvre. Dès lors, les acteurs de l’économie Suisse en conjurent le peuple … le 25 novembre prochain pour qu’il ne saborde pas ses entreprises …

Non à l’autodétermination.

Non à la roulette russe!!

* CEO, Abionic





 
 
 

AGEFI

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