Incredible India!

jeudi, 07.03.2019

Marc Ehrlich*

Marc Ehrlich

Les élections générales en Inde ne sont pas une petite affaire: environ 600 millions de personnes se déplacent aux urnes tous les cinq ans. Les bureaux de vote eux-mêmes sont mobiles et couvrent l’immense territoire d’est en ouest en l’espace de quelques jours, protégés par l’armée à chaque arrêt.

Selon les observateurs, Narendra Modi devrait être élu sans trop de surprise d’ici quelques semaines pour un deuxième mandat, malgré la faiblesse de ses résultats, et malgré les tensions récentes avec la puissance nucléaire voisine: le serveur de thé, comme il aime à se nommer lui-même en souvenir de son début de carrière modeste – avant de devenir un premier ministre très dynamique et très apprécié dans son état d’origine, le Gujarat a largement déçu. Au lieu d’entreprendre les réformes d’envergure tant attendues dans les domaines de l’infrastructure, de la lutte contre la corruption, de la complexité absurde de l’administration et surtout le nivellement des terribles inégalités, Modi a perdu son crédit avec des coups d’éclats qui ont plutôt entravé la marche des affaires qu’autre chose: la démonétisation de 2016 en est un exemple typique. Le gouvernement annonce le 6 novembre que les billets de banque en circulation ne seraient plus valables et qu’il fallait les échanger dans un délai très court. Ce procédé qui avait pour but initial d’obliger les détenteurs de billets issus d’activités illégales à se montrer au grand jour, a en fait paralysé l’ensemble de l’économie principalement basée sur le petit commerce liquide pendant plusieurs semaines - les fraudeurs trouvant eux rapidement des moyens de contourner cette opération.

Pour tout responsable global, le marché Indien n’est toutefois pas à négliger: une population de 1300 millions de personnes et qui devrait bientôt dépasser celle de la Chine. Une économie relativement prospère avec une augmentation du PIB de plus de 7%, la plus forte du G20. C’est pourtant un pays extrêmement complexe à comprendre et difficile d’accès. Même la langue anglaise, qui semble pourtant largement répandue, demande une phase d’adaptation pour communiquer de manière fluide avec ses interlocuteurs.

L’Inde est d’abord un agrégat d’Etats (29 au total), chacun présentant des particularités culturelles et ethniques. Par exemple, les Indiens des Etats du Sud sont restés souvent fidèles à un végétalisme total – une plante poussant sous terre ne sera pas mangée car présentant une risque trop élevé de contenir de insectes, alors que le Penjabi (frontière pakistanaise) sera souvent totalement omnivore (le fameux poulet tandori). Il existe des différences considérables entre les régions rurales (le mariage arrangé et le système des castes officiellement interdit y font loi), et les régions urbaines dont les mœurs (et les taux de divorce) sont devenus comparables aux nôtres en l’espace d’une génération.

Quoi qu’il en soit, le monde des affaires est toujours largement basé sur les relations personnelles. Il n’est pas impoli ou déplacé de parler avec son interlocuteur de famille, religion ou valeurs avant de commencer toute discussion professionnelle. De nombreuses entreprises, notamment de grands groupes, sont toujours dirigées par des clans familiaux et représenter une entreprise familiale devient de ce fait un vrai atout dans le réchauffement de la relation.

Travailler de manière intensive avec l’Inde est sans doute un challenge en soi, mais c’est également un pays incroyablement attachant, qui constitue un enrichissement culturel unique que je recommande très vivement!

* CEO, Vipa





 
 
 

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