Fiscalité et inégalités: des thèses à prendre avec des pincettes

dimanche, 15.12.2019

Vincent Simon *

Vincent Simon

C’est un économiste vedette de l’anticapitalisme, Thomas Piketty, que la TSR a reçu début décembre, pour parler des inégalités qui explosent dans le monde. L’invité n’a pas épargné la Suisse, considérant que notre pays faisait preuve d’égoïsme en ne partageant pas ses richesses avec le reste du monde. Mais en réalité, on a surtout assisté à des déclarations à l’emporte-pièce et une méconnaissance de la situation de notre pays.

Thomas Piketty est une star, ainsi que le présentait à juste titre le 19h30 le 1er décembre, auteur à succès de deux pavés sur l’augmentation des inégalités dans le monde, l’un intitulé «Le capital au XXIe siècle» et l’autre, le plus récent «Capital et idéologie». L’économiste dénonce la croissance des inégalités dans le monde. Mais sans trop se préoccuper de savoir si les exemples qu’il cite sont interchangeables.
A vrai dire, nous n’avons pas lu son étude, mais nous avons écouté ses déclarations, qui donnent probablement de bonnes indications sur ce que l’on trouve dans ses ouvrages. Darius Rochebin l’a sérieusement taquiné en lui demandant si la Suisse, avec un régime économique plutôt libéral et des impôts relativement modérés, n’était pas l’antithèse de sa théorie sur les inégalités. Thomas Piketty s’est opposé avec véhémence à cette hypothèse en faisant une comparaison: ainsi, l’Ile-de-France, à peu près comparable à la Suisse en termes d’habitants et de PIB, ne peut prendre son indépendance du reste du pays; elle doit payer des impôts pour le Limousin ou la Bretagne. La Californie ne peut garder tous ses revenus fiscaux pour son propre usage, elle doit les partager avec d’autres Etats. Tandis que la Suisse, elle, est un club de riches fermé sur l’extérieur et qui conserve égoïstement ses impôts au lieu de les partager avec d’autres (!)…
Il suffit donc d’entendre parler Thomas Piketty durant quelques minutes pour se rendre compte qu’à ses yeux la Suisse n’est pas un Etat, mais une sorte de construction à but purement fiscal, un «Monaco des Alpes». Il faut contester cette thèse trop commode: d’une part, la Suisse n’est pas née avec une cuillère en argent dans la bouche. Pendant des siècles elle a été un pays pauvre qui ne pouvait que difficilement nourrir sa population. Sa stabilité politique et la force de son économie sont, parmi d’autres facteurs, à l’origine de sa prospérité. Sans oublier que la Suisse pratique, pas seulement à l’externe, mais aussi à l’interne, cette concurrence fiscale décriée par les thuriféraires de Thomas Piketty, mais en la lissant par de nombreux mécanismes de péréquation.
Il aurait été donc très utile à l’économiste Piketty de se renseigner un peu sur la Suisse avant de répondre. Il aurait aussi constaté que les inégalités en Suisse – et contrairement à ce qui se passe dans certains pays comme les Etats-Unis – ne sont pas en train d’exploser. En matière de revenus après redistribution ou en matière de répartition entre revenus du capital et du travail, c’est la stabilité qui règne. Mais toutes ces choses sont peut-être un peu trop gênantes pour quelqu’un qui veut démontrer que le capitalisme et la globalisation ne font que des perdants.

* Economiesuisse





 
 
 

AGEFI

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