Festival Guitare en Scène: un modèle économique atypique

jeudi, 04.07.2019

Frédéric Kohler*

Si les artistes n’ont jamais eu autant besoin des festivals et que le public est de plus en plus nombreux, les organisateurs peinent eux à équilibrer les comptes. Alors que Paléo annonce avoir, pour la première fois depuis 10 ans, des milliers de billets sur les bras, Jacques Falda, le fondateur du festival de St Julien-en-Genevois, lève le voile sur une stratégie singulière… et (pour l’instant) gagnante.

Chez nos voisins français, les subventions ont historiquement eut un rôle majeur du fait d’une politique culturelle volontariste. Les collectivités publiques suisses ont toujours été un peu moins engagées. Avec les coupes budgétaires demandées à tous les acteurs publics depuis une dizaine d’années, la pérennité de ces subventions est devenue aléatoire et une trop forte dépendance à celles-ci a causé la mort de nombreux festivals entre 2010 et 2016.

Concernant le sponsoring, sa part est très variable.  Entre les festivals où le sponsor est purement et simplement l’organisateur et les «purs et durs» qui refusent de voir le loup économique entrer dans la bergerie artistique, il y en a à peu près pour tous les goûts.

La recette des bars et restaurants de certains festivals dépasse celle de la billetterie. C’est une diversification intéressante mais non sans risque. D’une part, cette dépendance peut amener le festival à se dénaturer en se transformant en kermesse géante, d’autre part ces revenus sont extrêmement tributaires de la météo.

Reste la billetterie ; elle représente souvent le poste de recettes principal. Problème, l’inflation des coûts de production s’est clairement traduite par une augmentation importante du prix des billets. Conséquence, avec l’explosion de l’offre, de nombreux festivals enregistrent depuis 2014 une baisse de leur fréquentation.

Trouver un mécène devient alors le rêve de tout organisateur. Pas de contrepartie, pas de dépendance artistique. Si ceux-ci restent rares et par définition discrets, ils ne sont envisageables que pour les petits festivals thématiques à but non lucratif dans lequel le généreux donateur peut s’identifier. L’expérience a cependant démontré qu’il est aussi risqué de dépendre d’une riche et généreuse personnalité (par définition mortelle ou versatile) que d’une subvention.

GES : une exception dans le paysage local

Collé à la frontière franco-suisse, Guitare en Scène (GES) est atypique non seulement de par sa localisation géographique et sa thématique mais également par son modèle économique. Son fondateur est un quinqua, patron d’une PME locale et amoureux de musique rock. Il définit «son bébé» comme une start-up à but non lucratif sans subvention ni actionnaire.

Entourés d’une bande de passionnés comme lui, Jacques Falda le chérit et le fait grandir depuis 13 ans essentiellement grâce à des liens personnels tant musicaux que professionnels. En effet si son réseau au sein du monde de la musique lui permet régulièrement de «faire des coups», sa position d’entrepreneur Rhône-alpin lui a permis de jouer une carte beaucoup plus inédite.

Tout comme il a investi ses propres deniers dans l’aventure, il a amené plus d’une centaine d’entrepreneurs de la région à le suivre en qualité de «partenaires». Ni sponsors, ni mécènes, ces chefs d’entreprise,  en échange qui de places pour ses employés, qui d’une loge pour ses clients, participent pour plus de 30% à l’équilibre financier d’un festival ne disposant que d’une jauge de 5000 spectateurs.

Un peu comme les «socios» du Barça, les amis de Jacques sont les soutiens inconditionnels de GES. Reste à espérer que la niche fiscale sur laquelle repose pour partie ce mécénat artistique d’entreprise ne sera pas trop vite remise en question! 

*AJS





 
 
 

AGEFI

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