Expérimentation animale: halte aux idées reçues!

jeudi, 27.06.2019

Cécile Rivière *

Cécile Rivière

Enfant, je réclamais souvent à ma grand-mère de me raconter la fois où ma mère, alors étudiante en médecine, avait rapporté au domicile familial, une souris de laboratoire promise à l’euthanasie après avoir vaillamment servi la science et les aventures qui s’en suivirent.

Une génération plus tard, je compte trois frères et sœur médecins-chercheurs, mais aucun n’a jamais rapporté un quelconque animal à la maison. Ont-ils moins bon cœur que notre mère? Certes pas, mais les modalités de l’expérimentation animale ont considérablement changé dans l’intervalle et les contrôles mis en place empêcheraient toute initiative de ce genre.

Il faut se féliciter du fait que le droit suisse en vigueur est suffisamment strict pour protéger les êtres humains et les animaux dans le cadre de la recherche. On entend pourtant dire qu’il faudrait mettre fin à ces pratiques. C’est l’objectif de l’initiative populaire «Oui à l’interdiction de l’expérimentation animale et humaine», déposée le 18 mars dernier. Celle-ci va plus loin que l’interdiction de l’expérimentation animale: ses revendications radicales touchent aussi à l’expérimentation humaine, donc à la recherche clinique pratiquée dans nos hôpitaux universitaires. Le Conseil fédéral vient de la rejeter, sans lui opposer de contre-projet, dans sa séance du 26 juin. Interpharma salue cette décision, tant le texte rendrait la recherche biomédicale pratiquement impossible à l’avenir et couperait la Suisse du progrès médical. Puisque l’interdiction du commerce de produits développés à l’aide de l’expérimentation animale et de la recherche clinique priverait les patient-e-s de Suisse de nouveaux médicaments.

Dans bien des cas, l’expérimentation animale est prescrite par la loi suisse, laquelle suit des directives acceptées à l’échelon international et tient compte des principes dits des 3R (Replace, Reduce, Refine). Rappelons que sans expérimentation animale, il n’y aurait aujourd’hui pas de traitements efficaces contre nombre de maladies graves. Les souris évoquées dans l’introduction de cet article ont ainsi permis, par exemple, de tester des traitements pour des patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l'intestin. Pour sa part, l’industrie pharmaceutique pratiquant la recherche est consciente de ses responsabilités et encourage depuis des années la recherche conforme aux principes des 3R. Il s’agit de remplacer, autant que faire se peut, les expériences sur animaux par des méthodes de substitution, de réduire le nombre d’expériences sur animaux, et d’en améliorer la pertinence en allégeant les contraintes pour les animaux.

L’auteure de ses lignes a récemment eu l’occasion de visiter l’animalerie d’une entreprise active dans la recherche et de s’entretenir avec plusieurs chercheurs actifs dans ce domaine. Tous développent des relations empathiques et fortes avec les animaux placés sous leur responsabilité, mais aucun ne serait prêt à mettre la vie des patient-e-s en danger en exécutant des tests de toxicité au rabais. La réflexion éthique est permanente dans les centres de recherche, ce qui est la moindre des choses. Cela implique de considérer l’expérimentation animale dans sa complexité et non de promouvoir de fausses-solutions.

* Responsable Suisse romande interpharma iph





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki




...