Etre comblé ou combler

mardi, 05.11.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Deux nouvelles sont récemment tombées concernant l’actualité économique en Suisse. D’abord, le rapport 2020 de la Banque mondiale qui mesure la facilité de faire des affaires dans 190 pays a placé la Suisse au 36e rang, une amélioration de deux places par rapport à 2019. Au cours des 10 dernières années,  le pays avait perdu 15 places. Autre actualité, le budget de la Confédération devrait dégager cette année un excédent de 2,6 milliards de francs, sur la base des chiffres de fin septembre, en ligne avec les résultats de 2018 et 2017.

Bien entendu, saluons le fait que le pays a su rompre avec les déficits, une tendance des années 90. Un facteur important de ce renversement est certainement l’introduction du frein à l’endettement entré en vigueur en 2003. En 2006, le budget de la Confédération est devenu excédentaire et depuis il n’a cessé de dégager chaque année des excédents,  hormis en 2013 et 2014. 

Ces excédents budgétaires se justifient par les taux de croissance positifs enregistrés par l’économie suisse sur la même période, à part en 2009, et on peut considérer le fait que le pays ait su dégager un surplus sur son budget également cette année-là (de 0,5% du PIB, comparé à 1,6% en 2018), comme un pied de nez à la crise de 2008. Mais, on peut également penser que cette prudence fiscale représente un coût d’opportunité élevé. 

En 2003, la Banque mondiale a conclu qu’il fallait 224 jours pour régler un différend contractuel en Suisse. En 2020, le temps nécessaire s’est élevé à 598 jours. Le temps requis pour fermer une société en cas de faillite reste inchangé à trois ans. Par contre, le temps nécessaire pour ouvrir une société s’est raccourci de 20 à 10 jours, tandis que le nombre de procédures associées est toujours de 6.

Des pays avec des ressources budgétaires bien inférieures à celles de la Suisse ont réussi à réformer leur infrastructure pro-business d’une manière relativement spectaculaire.

L’Inde, par exemple, est passé de la 133e place en 2010 à la 63e aujourd’hui alors que le pays n’a dégagé aucun excédent budgétaire sur les 10 dernières années Evidemment, le lien entre le budget d’un pays et son classement dans l’indice de la Banque mondiale est loin d’être direct ou déterminant. Pourtant, il paraît pour le moins sous-optimal qu’un pays riche se refuse des réformes au moment où son «compte en banque» ne cesse de gonfler. 

Un autre domaine où la Suisse se trouve en retard par rapport à ses pairs concerne le soutien aux familles. Selon l’UNICEF, parmi 31 pays riches dans le monde, les pays avec la politique la plus favorable aux familles sont la Suède, la Norvège, l’Islande, l’Estonie et le Portugal. La Suisse, la Grèce, Chypre, le Royaume-Uni et l’Irlande sont les pays les moins bien classées. Etant donné que la Suisse bat tous ces pays en termes de PIB par habitant, cette sous-performance relative est difficile à accepter. 

La raison souvent invoqué par le gouvernement suisse est que la  prudence fiscale est nécessaire pour pouvoir assumer les coûts qui ne cesseront de croître à l’avenir, surtout ceux concernant les retraites et la santé. Une autre manière de se protéger contre des dépenses futures est d’investir. Utiliser ses ressources fiscales d’une manière optimale devrait être la priorité. Entre être comblé ou combler, l’Etat doit choisir le seconde option.

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management





 
 
 

AGEFI

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