Et si l’on pensait aux étudiants étrangers formés dans notre pays?

dimanche, 24.03.2019

Basile Dacorogna*

Basile Dacorogna

Dans un monde de plus en plus concurrentiel la lutte pour attirer et conserver les meilleurs spécialistes est toujours plus féroce, particulièrement dans les filières MINT (mathématique, informatique, sciences naturelles et technique). Dans ce contexte, le potentiel des étudiants internationaux a gagné en importance. Ainsi, un nombre croissant de pays voient ces derniers comme un réservoir important de talents mondiaux et s’efforcent de les séduire dans l’espoir qu’ils restent et intègrent ensuite leur marché du travail.

C’est également le cas de la Suisse, qui le fait avec succès en ce qui concerne les personnes provenant des États membres de l’UE et de l’AELE. Grâce à la libre circulation des personnes, les étudiants originaires de ces pays peuvent sans problème rester travailler dans notre pays au terme de leurs études.

En revanche, pour les étudiants provenant d’autres pays, la situation n’est de loin pas aussi favorable. Il y a là un véritable potentiel à exploiter pour la Suisse, dans une concurrence mondiale où chacun tente d’attirer et de conserver les personnes bien formées.

En effet, en raison des changements démographiques et de la numérisation, la Suisse aura grandement besoin, ces prochaines années, d’une main-d’œuvre spécialisée au bénéfice d’une bonne formation, en particulier dans les filières techniques (MINT). Aux yeux des milieux économiques, ne pas faire en sorte que ces spécialistes puissent rester en Suisse après leurs études est une erreur.

L’intégration de diplômés étrangers sur le marché du travail présente plusieurs avantages par rapport au recrutement à l’étranger: d’une part, les diplômés étrangers ont passé plusieurs années dans notre pays, ce qui leur permet d’acquérir des compétences linguistiques, de se faire une place dans la société locale et de s’intégrer plus facilement. D’autre part, ils sont titulaires d’un diplôme suisse, en adéquation avec le marché du travail national et ne nécessitant pas de reconnaissance spéciale. Ce faisant, ils occasionnent moins de coûts sociaux et économiques. Le fisc est également gagnant, car il encaisse des recettes supplémentaires si les diplômés intègrent le marché du travail suisse et paient des impôts ici. Pour des pays comme la Suisse, l’Allemagne ou la Finlande qui ont des taxes d’études faibles et subventionnent ainsi leurs étudiants internationaux, l’investissement devient rentable financièrement si les diplômés restent dans le pays après leurs études et y intègrent le monde du travail.

Actuellement, la Suisse fait fausse route dans sa politique à l’égard des spécialistes et l’effet est simple: les personnes à haut potentiel évitent notre pays et préfèrent étudier dans des contrées plus ouvertes. Dans une étude récente economiesuisse a montré que la Suisse a une politique très restrictive vis-à-vis des étudiants étrangers originaires d’Etats tiers en comparaison internationale. Le Conseil des Etats semble conscient de la situation et vient d’accepter largement une motion du conseiller national Marcel Dobler (PLR/SG) dans le but de faciliter l’accès au marché du travail suisse pour les diplômés étrangers formés en Suisse dans des domaines souffrant d’une pénurie de personnel qualifié.

Pour les entreprises il y a urgence et des mesures simples sont possibles. Pour commencer, les diplômés étrangers ne devraient plus être soumis aux contingents prévus pour l’immigration de ressortissants d’États tiers. Il faudrait également abolir la demande d’un engagement écrit à quitter le pays. Par ailleurs les étudiants et diplômés d’États tiers devraient pouvoir également effectuer un stage et prolonger, une fois, leur permis de séjour pour chercher un travail. Un stage est effectivement le meilleur moyen d’acquérir de l’expérience et d’entrer dans la vie active. C’est aussi un instrument de sélection important pour les employeurs.

Pour conclure, une politique mieux conçue et assumée renforcerait la position de la Suisse et de son économie au sein de la concurrence mondiale, tout en diminuant les tensions liées à l’immigration de spécialistes étrangers.

* Economiesuisse





 
 
 

AGEFI

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