Erdogan, le dernier empereur

lundi, 20.08.2018

Michel Santi*

Michel Santi

L’effondrement économique turc - comme celui de l’Empire Ottoman - était attendu et prévisible de longue date. Il fut simplement retardé par la complaisance des agences de notation, combiné aux pressions des lobbys financiers européens fortement englués dans ce pays.

Le dévissage de la livre turque ayant fait suite à une longue agonie n’a donc pas surpris outre mesure. Aussi, l’accélération des événements vendredi 10 août 2018 a bel et bien sonné le clap de fin du «miracle économique turc» tellement vanté par Erdogan et qui consistait tout bêtement à financer la consommation intérieure par des emprunts extérieurs massifs.

Aujourd’hui, les comptes publics turcs - notamment le déficit de la balance des paiements qui se monte à près de 7% du PIB du pays - sont similaires à ceux de la Grèce en 2012, soit au moment de son implosion. Si ce n’est que la situation turque est sensiblement plus critique que celle de la pauvre Grèce, car les dettes des entreprises turques, totalisant 300 milliards de dollars, furent contractées lorsque le billet vert valait 2 livres, tandis qu’il est actuellement proche de 7! Tandis que les débiteurs grecs devaient rembourser leurs dettes en un euro qui était également leur propre monnaie, les emprunteurs turcs, eux, en sont réduits à devoir assumer un service de la dette aggravé d’un facteur 3 ou 4 car dans une monnaie largement dévaluée. Autrement dit, les jours du système bancaire turc sont comptés si les créanciers étrangers n’acceptent pas de prolonger les échéances de ces dettes, tout en prenant au passage une perte qui sera l’objet de tractations futures si et quand ce mélodrame estival se sera atténué.

Contrairement à l’épisode précédent d’attaques sur la livre turque en 2001, la Turquie ne fera pas cette fois appel au FMI et à sa cure d’austérité, car elle est sur le point de s’offrir à la Chine qui est en passe de racheter ses actifs les plus importants, et les plus stratégiques aussi. La vente de toutes les sociétés cotées à la Bourse d’Istanbul suffirait à peine à financier pendant 7 à 8 mois le déficit de la balance des paiements car le «Istanbul 100 equity index» vaut à peine 35 milliards de dollars au niveau actuel de la livre! Le pays devra donc vendre bien plus de bijoux de famille afin de lever des fonds cruciaux pour sa survie. Du reste, il se prépare à se déssaisir au profit de la Chine du contrôle de ses ports en Méditerranée, sur la mer Egée et sur la mer Noire, comme à céder des participations substantielles dans le rail à de grands groupes chinois. De leur côté, Huawei et Alibaba consolident sérieusement leur implantation et leur mainmise dans leurs domaines respectifs.

Erdogan, qui n’a de cesse d’exalter la fierté nationale et d’exacerber le nationalisme turcs. Erdogan, qui se complaît dans un bras de fer aux relents populistes et nauséabonds contre l’Ouest. Se prépare désormais à brader son pays à la Chine.

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AGEFI

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