Entreprendre est une forme de courage

jeudi, 06.06.2019

Didier Maurin*

Nietzsche affirmait que «la peur est l’ennemie de la raison» alors que l’adage la perçoit plutôt comme une bonne conseillère, prudente. Or, «le pire risque, c’est celui de ne pas en prendre», car il est préférable de créer, quitte à risquer l’échec, que de ne rien faire. «Une des plus grandes découvertes qu’un homme puisse faire, une de ses plus grandes surprises, est de découvrir qu’il peut accomplir ce qu’il avait peur de ne pas pouvoir faire1.» 

Quoi qu’il en soit, la plupart des grands entrepreneurs d’aujourd’hui ont accusé quelques échecs avant d’accéder enfin à LA réussite. Cependant, ils en parlent relativement peu souvent, car dans nos sociétés modernes puériles, le mythe de James Bond ou du héros moderne, qui réussit tout et tout de suite, reste vivace. Nietzsche invoquait que «pour apprendre, il faut se jeter dans la gueule des événements de la vie». En effet, créer son entreprise, c’est apprendre même si on doit échouer. «Echouer, c’est avoir la possibilité de recommencer de manière plus intelligente1.» 

Si ne pas se lancer engendre fréquemment des regrets, ne pas s’octroyer une deuxième chance équivaut à se priver de récolter les fruits de sa persévérance. «La plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute2.» 

Les philosophes ont raison de considérer qu’on «tombe par le positif» et qu’on «monte par le négatif», car apprendre à surmonter ses échecs et en tirer des leçons pour réussir fortifie. A contrario, la réussite est toujours agréable à vivre, mais il faut bien avouer qu’elle nous apprend peu de choses.

Méfiance, toutefois, envers certaines personnes de son entourage, ces personnes dites «toxiques» dont il faut savoir se débarrasser. En effet, combien se frottent les mains lorsque vous échouez et vous jalousent lorsque vous réussissez. Mieux vaut alors être sélectif et préférer s’entourer de personnes positives, constructives et encourageantes.

Sans compter qu’en matière de notions de réussite et d’échec, le fossé culturel demeure. Dans certains pays comme la France, échouer reste un phénomène honteux, alors que les sociétés anglo-saxonnes relativisent cette étape, perçue comme provisoire. Un chef d’entreprise australien du Queensland qui m’avait un jour convié à sa table m’avait d’ailleurs relaté avoir fait fortune pour ensuite faire faillite, avant de finalement faire à nouveau fortune, sans qu’autour de lui personne ne l’ait jamais montré du doigt.

En fait, échouer dans son entreprise avant d’entreprendre à nouveau s’apparente d’une manière assez analogue au processus du divorce. En effet, si la situation peut s’avérer difficile à vivre, la réflexion qui en découle permet souvent de bâtir «la» bonne entreprise ensuite, tout comme on finit par rencontrer «la» bonne personne.

La plupart du temps, il n’est question en fait que de maturité, celle qu’on acquiert au fil du temps et des expériences. Pour les bouddhistes, chaque événement est d’ailleurs nécessaire à nos vies, en bien comme en mal. On s’en aperçoit seulement a posteriori! 

* Président et administrateur, Katleya Gestion 

1 Henry Ford
2 Confucius





 
 
 

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