En mode survie

dimanche, 10.05.2020

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

Il faudra au moins une année pour que des vaccins puissent être proposés et, même ainsi, ce sera grâce à un tour de force des laboratoires. Il faudra donc s’accoutumer à vivre avec le virus, comme jadis nos ancêtres ont bien dû supporter la peste et le choléra au prix d’une hécatombe récurrente et de crises économiques et politiques majeures. Nous allons aussi nous appauvrir, ce qui signifie toujours une augmentation de l’inégalité sociale. Nous allons donc nous disputer. Une peste engendre souvent et la famine et la guerre. Ce n’est pas un hasard.

Telle est la donnée. Désagréable mais réelle. Comment vivre tout de même? Ne serait-ce que pendant un an. Nous avons accepté le confinement, qui n’est rien d’autre que l’assignation à domicile, forme atténuée de privation de liberté. Pour la première fois la population, coupable d’exister, fut mise en prison pour expier les erreurs du pouvoir. Dès lors l’épidémie fut bloquée et n’engendra pas l’immunité prévue par la Nature. Sans confinement, avec une mortalité finale estimée de l’ordre du pourcent, cela aurait signifié pour la Suisse 80 000 morts en un ans. Insupportable.

On ne peut bien évidemment pas continuer d’entraver l’activité économique. Il faudra donc trouver les moyens de reprendre, sinon les habitudes anciennes, du moins quelque astuce qui soit vivable. Nous sommes amenés à un changement de civilisation. Ce n’est pas la première fois, ni la dernière.

Par exemple: port systématique du masque hors du logement, comme en Asie; contrôle des grands rassemblements sportifs, culturels, formateurs, religieux; disparition des bars dont la convivialité et la promiscuité fait l’attrait principal; réduction des déplacements en moyens publics; aménagement drastique des écoles; instauration d’une véritable autorité sanitaire de surveillance, d’expertise et de prescription; modification de la loi pour permettre le traçage efficace de tout porteur; quarantaine obligatoire de tout porteur de virus; adaptation de la fiscalité à la situation réelle des citoyens et des entreprises; limitation des dépenses somptuaires tels que les transports aériens; sauvetage des institutions culturelles, orchestres, opéras, théâtres, cinémas; promotion de nouvelles activités économiques pour éviter tout chômage.

Beaucoup de ces mesures seront impopulaires. Il faudra cependant les imposer pour éviter le surgissement d’une nouvelle épidémie massive qui imposerait un nouveau confinement et aggraverait la crise économique. La question pendante est celle de l’adéquation des institutions suisses à cette gestion de survie. On pourra se reporter à ce qui fut la règle pendant les deux dernières guerres. Peut-être découvrir par extraordinaire une personnalité charismatique comme le général Guisan. 

Mais il faudra d’abord que le système politique admette que nous sommes en mode survie pour de longs mois, voire plusieurs années au pire. Nous ne commencerons jamais trop tôt cet effort de réflexion. Il devra s’appuyer sur une connaissance réaliste de ce qui s’est passé, des erreurs commises de longue date, des initiatives prises dans l’urgence par la solidarité spontanée des citoyens.

* Professeur honoraire, EPFL 





 
 
 

AGEFI

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