En arrêt maladie, la Chine invente l’économie du futur

mardi, 18.02.2020

Xavier Comtesse*

Xavier Comtesse

La dangereuse pandémie du coronavirus effraye. Les Chinois ne sont pas rentrés au travail! Mais, attention, c’est toujours comme cela. Avec ou sans coronavirus, chaque année après les fêtes du Nouvel An, beaucoup d’employés ne reviennent pas. Dans certaines entreprises et dans certaines régions, cela peut atteindre le chiffre de 20%.

En Chine le «Turn Over» des employés a toujours été important et problématique. Cette année, c’est catastrophique. Pourtant derrière cette réalité brutale, la société chinoise s’organise, se réorganise devrions-nous dire. En effet, le mot crise en mandarin est aussi composé par l’idéogramme «opportunité». Donc à toute crise, nouvelle opportunité.

Faisons le point avec Nicolas de Toledo spécialiste du paysage de la high-tech chinoise.

Un arrêt prolongé de l’activité en Chine va-t-elle pénaliser le pays dans son développement?

Oui et non. Les usines sont à l’arrêt mais en même temps les Chinois se sont déjà organisés via Internet pour travailler à distance, se faire livrer les produits de premières nécessités à domicile et suivre des cours académiques par l’usage des MOOC (massive online open courses). Toutes les écoles étant fermées jusqu’à nouvel ordre, nous assistons à la plus grande expérience d’éducation en ligne mondiale. Une nouvelle Chine est déjà émergente. Il faut comprendre que le chinois est capable de saisir chaque opportunité de changement dans les marchés. Un tel arrêt des activités représente une opportunité unique qu’il faut absolument saisir. C’est cela l’esprit entrepreneurial chinois. C’est pourquoi la transformation économique et sociétal est en marche.

Qui sont les acteurs de cette transformation?

Les entreprises du Net bien sûr. Petites ou grandes. Tout le monde propose instantanément des solutions… Dingtalk, l’outil de travail à distance du géant Alibaba est en tête de liste des applications les plus téléchargées sur l’App Store. WeDoctor divulgue les données sur l’épidémie en temps réel, propose un outil de consultation en ligne facturée entre 0 et 5 francs. Mais de plus petits acteurs comme OMall, entreprise de cross-border e-commerce ou des applications de fitness, de jeux vidéo ou encore les livreurs indépendants, eux aussi développent leurs activités.

Avec votre expertise, que percevez-vous comme changement durable?

Wechat Work a mis en place une toute nouvelle fonctionnalité en live-streaming: «meeting pour plus 300 personnes» et JD.com a testé la livraison autonome de matériel médical. Ne pas oublier que «Taobao», la plateforme à l’origine du succès d’Alibaba et de l’e-commerce en Chine, a été lancée en pleine épidémie du SARS. Les chinois transforment toujours les crises en business.

Conclusion: Il est clair que ces changements vont se prolonger pour toujours en Chine mais dans le reste du monde aussi, et la Suisse ne sera pas épargnée. Le e-commerce prendra définitivement le dessus sur le commerce traditionnel mais aussi le e-delivery, tout comme la remise en question des voyages de masse (croisière mais aussi villes surbookées que sont devenues Venise, Barcelone, etc.), les grands rassemblements comme les foires internationales vont disparaître au profit des «Road Show» (plus orientés vers le UX: User eXperience), le «télé-travail», la «télé-médecine», les MOOC, etc. Le monde va devenir un grand «streaming» et la 5G sera au rendez-vous pour donner de la puissance à l’ensemble.

* ManufactureThinking





 
 
 

AGEFI

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