Electrochoc pour l’approvisionnement électrique

dimanche, 06.10.2019

Dominique Rochat *

Dominique Rochat

Cela aurait dû se passer en 2014! Mais depuis cette date, le dossier de l’ouverture complète du marché de l’électricité a pris la poussière dans un coin obscur du Palais fédéral. Fort heureusement, le gouvernement l’a ressorti du placard fin septembre et décidé de concrétiser enfin l’ouverture du marché. Par la même occasion, il souhaite aussi agir pour renforcer l’approvisionnement de la Suisse, par des moyens qui prêtent pour le moins à discussion.

Aujourd’hui, plus de 99% des clients restent liés à leur fournisseur local d’électricité. Seuls les gros consommateurs peuvent choisir l’offre qui leur convient. Ce système à deux vitesses crée une distorsion qui touche particulièrement les entreprises, les PME notamment. Celles qui bénéficient du marché libre paient nettement moins cher que celles qui restent captives. Le maintien de monopoles locaux crée aussi des différences de prix injustifiables entre les régions du pays ou entre des communes voisines.

Le prix n’est pourtant pas le principal intérêt de l’ouverture du marché. Elle permettrait surtout de faire souffler un vent d’innovation dans un domaine resté passablement figé depuis des années. La numérisation ouvre par exemple de nouvelles perspectives pour la gestion des réseaux ou de la demande et les fournisseurs locaux n’ont pas le monopole des bonnes idées en la matière. De même, la possibilité de proposer de nouvelles offres sur l’ensemble du territoire pourrait fortement contribuer à développer la consommation d’électricité renouvelable produite en Suisse. Ce qui paraît encore de la science-fiction pour nous est déjà une réalité en Europe.

Mis à part l’ouverture du marché, l’autre grande question est l’approvisionnement électrique futur de la Suisse, qui se basera sur davantage d’énergies renouvelables, des économies et des importations. Plusieurs études récentes montrent que la Suisse jouira d’une sécurité d’approvisionnement très solide jusqu’à l’horizon 2030-2035 au moins.

Pourtant, le doute a pris le dessus et le Conseil fédéral propose de développer et prolonger les subventions censées favoriser le développement des énergies renouvelables. C’est leur rendre un très mauvais service. Alors qu’il faudrait viser à les faire voler de leurs propres ailes, elles dépendront de plus en plus d’une béquille étatique, dont elles pourront de moins en moins se passer. En outre, les subventions ne feront pas pousser une éolienne ou un barrage de plus tant que des opposants useront de l’arsenal des mesures de blocage à leur disposition. Souhaitons que le Conseil fédéral revienne sur ces questions dans le projet qu’il présentera au premier trimestre 2020. Et surtout, que la Suisse dispose avant 2024 d’une loi sur l’approvisionnement électrique adaptée aux enjeux de notre époque.

* Economniesuisse





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki




...