Du mouvement du côté des monnaies

mercredi, 01.05.2019

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Pendant longtemps, il semblait que les taux de change entre l’euro, le dollar et le franc suisse s’étaient en quelque sorte figés. Au cours des derniers mois, les marges de fluctuation étaient les plus faibles depuis des années. Mais depuis quelques semaines, les monnaies semblent se réveiller.

Lorsque, fin mars, le taux de change EUR/CHF est tombé sous la barre de 1,12, il était conseillé d’adopter des positions à court terme sur l’EUR, en vue d’une remontée au-dessus de 1,14.

Mi-avril, après que la Banque nationale suisse eut laissé entendre qu’elle pourrait bien pousser les intérêts en dessous de zéro si nécessaire et que les données conjoncturelles robustes en Chine ont fait miroiter une reprise de l’économie européenne, cet objectif a été atteint assez vite.

Euro: vers une poursuite de la hausse

Au vu de la situation monétaire globale, on peut estimer que l’EUR devrait continuer à s’apprécier aussi face à l’USD. Car, dans un scénario de croissance continue de l’économie mondiale, la Banque centrale européenne (BCE) relèvera progressivement ses taux directeurs, réduisant ainsi le différentiel d’intérêts entre l’EUR et l’USD, en faveur de la monnaie européenne. 

Toutefois, même si l’économie mondiale devait retomber dans la crise , la Banque centrale américaine a plus de marge de manœuvre pour réduire les taux d’intérêt que la BCE et la Banque du Japon (BoJ), ce qui pourrait également peser sur l’USD. 

Si, en revanche, l’économie mondiale accélère, la BCE et la BoJ devraient resserrer leur politique monétaire. Dans les deux cas, on peut s’attendre à une convergence des courbes de rendement à long terme avec l’USD. La grande différence de rendement qui sous-tendait la robustesse extraordinaire de l’USD ces dernières années diminuerait alors, érodant la valeur du billet vert. En revanche, un environnement dans lequel les grands instituts d’émission maintiendraient le statu quo profiterait à la monnaie américaine.

Couvrir les investissements en dollar

Il est donc recommandé aux investisseurs en CHF sensibles au risque de couvrir les placements en USD. Et ce bien que les prévisions sur l’USD-CHF pointent vers une stagnation autour de la parité. En effet, la décision de couvrir les placements en USD se fonde sur un horizon pluriannuel, et non sur des pronostics à douze mois. 

Sur les douze prochains mois, un affaiblissement de l’USD, reflétant l’écart de rendement entre les Etats-Unis et la Suisse est prévisible. Par ailleurs, UBS annonçait, en début d’année, que l’USD/CHF oscillerait autour de la parité. Or les derniers développements conduisent à réviser cette position. Pour le moment, il semblerait que les risques à la baisse affectant l’USD/CHF prendront le pas sur la tendance haussière. Le dollar devrait donc se déprécier, que l’économie mondiale s’améliore ou s’aggrave.

Couverture de changes recommandée

En effet, une dégradation de la conjoncture mondiale est en général préjudiciable aux investisseurs en franc suisse: en cas de ralentissement économique généralisé, les actions mondiales tendent à chuter, tandis que la monnaie suisse s’apprécie. 

Pour les investisseurs helvétiques détenant des actifs en devises non couverts, cela se traduit par deux sources de pertes: les actions et les monnaies étrangères. Aussi, il est recommandé de répartir prudemment les risques du portefeuille entre les classes d’actifs et les régions géographiques, et de se débarrasser des positions non couvertes face aux principales devises.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS





 
 
 

AGEFI

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