Du consom-acteur au consom-actionnaire

mardi, 06.08.2019

Anne Tschanz Vakula*

Anne Tschanz Vakula

Dans l’une de ses récentes chroniques intitulée «UX (User eXperience) et révolution numérique», Xavier Comtesse décrit comment, de simples consommateurs, nous sommes devenus des consom-acteurs: «Favorisée par les techniques d’internet, du big data et de l’IA, l’émergence du consom’acteur comme acteur économique important dans la chaîne de la valeur est le plus grand effet de la révolution numérique sur l’économie et en particulier sur le commerce».  Et si de consom’acteurs, nous faisions tous un saut supplémentaire afin de devenir des consom-propriétaires ou consom-actionnaires?

De l’Oréal, à Tesla, et d’Easyjet à Ikea, de Uber à Amazon, le consommateur est devenu co-créateur des produits et services qu’il va ensuite acheter. Sur les réseaux sociaux tels Facebook et Instagram – le membre du réseau, le consommateur de l’application est carrément devenu lui même le produit de ces multinationales du net.
À l’extrême, et je pense notamment au scandale impliquant Cambridge Analytica, certains utilisateurs de Facebook ont donné de leur temps, et donc de leur argent (le groupe américain affiche une capitalisation boursière d’environ 580 milliards de dollars)... pour être au final manipulés ainsi qu’utilisés à leur insu! Le scandale a été plutôt salutaire et utile et aujourd’hui, Facebook continue à prospérer grâce à ses généreux users qui ne demandent ni salaire, ni pension de retraite, ni vacances, ni cadeau, ni avantages, ni privilèges. Rien.
Ainsi, grâce à un tel modèle d’affaire miraculeux, dit collaboratif ou encore participatif, qui transforme ses acteurs, parfois naïfs, en revenus publicitaires, il n’est pas étonnant que la première multinationale non technologique, Johnson & Johnson, ne se classe plus qu’à la neuvième position en termes de capitalisation boursière, loin derrière Microsoft, Amazon, Apple, Alphabet, Facebook, Alibaba et Tencent (et Berkshire Hathaway qui est un cas un peu particulier).
La «database» de toutes nos informations augmente le goodwill ainsi que les revenus parfois à neuf zéros au fur et à mesure que nous sommes  impliqués dans les étapes de fabrication du produit ou service final. Toutes les étapes? Non, pas celle de la capitalisation de l’entreprise à ses débuts quand les friends and family, business angels et autres VCs investissent témérairement, mais non sans vision, quelques centaines de milliers de dollars.
Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai sacrément envie de passer du statut de consom-acteur et utilisateur-vache à lait, à celui de consom-actionnaire, soit de pouvoir continuer à contribuer à l’épanouissement de l’écosystème mais cette fois-ci de recueillir les fruits de mon investissement (un peu en argent et beaucoup en temps) qui a évolué depuis la forme classique et traditionnelle (investissement 100% en cash).
En Suisse, l’apparition des Equity Tokens (des actions d’entreprises suisses qui sont incorporées dans des jetons électroniques) devrait permettre, l’avènement des user-owners et client-shareholders. Les Equity Tokens Offering vont permettre au Main Street (par opposition à Wall Street et ses IPO très onéreuses) de décider très rapidement de la pertinence de l’existence d’une nouvelle société ou de la pertinence du financement par le public d’une société non cotée déjà existante mais qui a un besoin de capital. Je vous expliquerai pourquoi et comment dans ma prochaine chronique.

* Directrice, Sergan Management





 
 
 

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