Dinosaures ou mammifères?

jeudi, 24.01.2019

Mathieu Mollard*

Mathieu Mollard

L’écosystème des gestionnaires de fortune indépendants et des trustees s’apprête à entrer dans une nouvelle ère, provoquée par une météorite nommée lois sur les services et les établissements financiers. Mais comme à chaque changement d’ère géologique, certaines espèces survivront, d’autres disparaîtront. Profitons de 2019 pour nous placer du côté des mammifères et non pas celui des dinosaures.

Vous aurez beau pester, résister ou même porter un gilet jaune, rien n’y fera; LSFin et LEFin entreront en vigueur au 1er janvier 2020. Les ordonnances finales, prévue pour fin septembre 2019, apporteront sans doute quelques modifications ou précisions, mais l’essentiel est déjà là, et a été voté. Ite missa. Bien sûr certain préfèreront sans doute vendre ou liquider, cesser leur activité et se retirer à Verbier l’hiver et aux Voiles l’été afin de profiter d’un repos bien mérité. Mais pour les autres, il faudra bien s’adapter, saisir cette opportunité pour se réinventer.

D’ailleurs Berne considère que cette nouvelle montagne législative n’a rien d’infranchissable. Preuve en est l’abandon de la clause de grandfathering dont il était question au début du projet. Le législateur a finalement estimé que tous les gestionnaires actuels étaient en mesure, avec un peu de bonne volonté et d’efforts, de répondre aux nouvelles normes. 

Et c’est bien dès 2019 qu’il convient de s’organiser. Mais encore faut-il pour cela parfaitement comprendre le nouvel environnement. Avec un paquet législatif de plus de 250 pages, il est probable que seuls les juristes les plus scrupuleux se soient véritablement plongés dans le texte intégral. Organismes d’auto-régulation, cabinets d’audit, études d’avocats, compliance officer externes; tel Champollion face à la pierre de Rosette, ils ont déchiffré les ordonnances, leur permettant non seulement de prendre position dans le cadre de la consultation mais aussi de proposer à travers des conférences, séminaires, digest, etc. une explication synthétique et pragmatique à destination des gestionnaires parfois dubitatifs, souvent inquiets.

Quel meilleur moment que 2019-2020 pour enfin oser se réinventer? A la nouvelle réglementation s’ajoutent des bouleversements de fond qu’il n’est plus possible d’ignorer aujourd’hui. Les nouvelles générations héritent de leurs parents et les gestionnaires doivent regagner leur confiance avec des critères souvent différents. Poussées par une demande de plus en plus forte de la part des investisseurs privés et institutionnels (et bientôt du régulateur?), les investissements durables connaissent une croissance exponentielle. La plupart des grands acteurs se positionnent, mais les petites structures doivent également être capables de répondre à cette demande. Tout comme pour la transition digitale en cours, qui infléchit profondément la relation avec les clients. Enfin les fortes incertitudes géopolitiques et macro-économiques internationales renforcent encore ce climat, millénariste (la fin des temps) pour certain, ou opportuniste (le début d’une nouvelle ère) pour les autres.

Cette nécessaire réinvention est l’occasion de se poser face à un miroir et analyser ses forces et faiblesses, les opportunités et menaces. Mais également de réfléchir à son positionnement, sa différentiation, sa réputation et sa visibilité. Les clients et prospects de nouvelle génération seront beaucoup plus sensibles à la réputation de leur gérant.  
Face à la météorite en approche, laissons le mot de la fin à Charles Darwin; «Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements».

* Consultant et fondateur de COMandWealth





 
 
 

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