Des taux d’intérêt encore plus bas pour encore plus longtemps

mercredi, 15.04.2020

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

La crise du virus Covid-19 s’est aggravée et sera probablement plus grave que la grande récession de 2008-2009. Si c’est le cas, elle sera alors la pire crise économique depuis la Seconde Guerre mondiale.

Après la bataille de Pearl Harbor, la position officielle de la Fed a été de collaborer étroitement avec le Trésor pour financer la guerre à moindre coût. L’objectif de la politique monétaire se concentrait sur le niveau des taux d’intérêt, et non pas sur la stabilité des prix, ni l’activité économique. Cette politique s’est progressivement assouplie mais est restée plus ou moins en place jusqu’à l’accord conclu entre la Fed et le Trésor en 1951 qui a alors rendu la banque centrale indépendante. Ce dernier accord reste en vigueur et la Fed conserve encore aujourd’hui son indépendance. Cependant, il faut constater que la taille de la dette, déjà en très forte augmentation avant la crise Covid-19, s’est encore amplifiée de manière spectaculaire cette année. Elle exercera une contrainte sur la politique monétaire et entrainera une collaboration plus explicite entre les diverses branches de la politique économique, et ce non seulement aux Etats-Unis mais d’une manière générale. 

Actuellement, les dépenses gouvernementales pour tenter de compenser les pertes de revenus des citoyens et de limiter les faillites parmi les sociétés pousseront potentiellement les taux d’endettement à des niveaux record. Aux Etats-Unis, la dette de l’Etat qui représentait 43% du PIB (produit intérieur brut) juste avant la Seconde Guerre mondiale a grimpé à 113% à la fin des hostilités. La tâche de gérer cette dette est rendue encore plus difficile par le fait que tous les pays matures ont déjà des taux d’endettement proches des plus hauts historiques. Pour les Etats-Unis, le ratio est actuellement de 107%. 

Lors de ses opérations de marché d’après-guerre, la Fed achetait donc des bons du Trésor pour éviter que le taux d’intérêt ne dépasse son objectif. Le bilan de la Fed a augmenté de quelque 5% du PIB nominal (produit intérieur brut) en 1928 à 20,2% à la fin du conflit. Ce ratio était encore plus élevé pendant la Grande dépression, à 23%. Cette fois-ci, la Fed entre dans la crise avec un bilan qui représente déjà 20% du PIB nominal, et sa taille est vouée à battre tous les records compte tenu de l’ampleur de la débâcle.

A la fin de la guerre, les gouvernements ont dû s’atteler à réduire la dette. Les Etats-Unis ont réussi à ramener le ratio dette-sur-PIB de 113% à 32% en 1975. Un des facteurs qui a permis ce désendettement a été que les taux réels (corrigés pour l’inflation) sont restés essentiellement négatifs pendant ces 30 années. Des taux d’intérêts négatifs constituent une sorte de subvention pour tous ceux et celles qui s’endettent, et un impôt sur toute épargne. L’action aurait ainsi pu se faire aussi côté fiscal, d’une manière transparente et sur le budget de l’Etat, mais avec des complications politiques évidentes. 

Quelles sont les leçons à tirer? Nous devrions nous attendre à une nouvelle ère de collaboration entre les institutions de politique économique, avec des discussions à anticiper sur le sujet de  l’indépendance des banques centrales. La dette des Etats devrait battre des nouveaux records, ainsi que la taille des bilans des banques centrales. La solution se trouvera en toute probabilité dans des taux d’intérêts nominaux très bas, et très vraisemblablement négatifs, et ce pendant très, très longtemps.

* Group Chief Economist, indosuez Wealth Management





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki



...