Des «fakes news» au nom de la morale

mercredi, 12.09.2018

Sophie Paschoud*

Sophie Paschoud

La «discrimination» salariale est difficilement calculable et en tout cas beaucoup plus faible que ne le prétendent les syndicats et leurs relais médiatiques.

Au début du mois, un journaliste du Matin s’offusquait des pratiques scandaleusement discriminatoires d’une entreprise en matière de rémunération. Celle-ci avait en effet publié deux offres d’emploi respectivement pour un assistant et une assistante RH, la rémunération proposée pour cette dernière étant de 20% inférieure à celle offerte au candidat masculin.

Il n’a pas fallu longtemps avant qu’on découvre que pareille énormité n’était en réalité que pure fiction: il s’agissait d’une opération de communication du syndicat Unia, qui entendait dénoncer le persistant écart salarial moyen entre hommes et femmes. Ce procédé a suscité de vives réactions. Même au sein des milieux de gauche, on a émis des doutes sur l’opportunité et l’efficacité d’une telle action.

Unia s’étant déjà fait remonter les bretelles de toutes parts, il ne paraît guère utile se s’attarder sur la démarche en tant que telle, car le véritable scandale est ailleurs.

Ce qui est réellement inadmissible, c’est que le syndicat persiste à vouloir faire croire que l’écart salarial global, effectivement de l’ordre de 20%, est discriminatoire. Or c’est là que se situe l’authentique «fake new». Il y a donc lieu de continuer à marteler que la situation réelle est autre. Premièrement, selon les analyses approfondies, environ 60% de cette différence s’expliquent par des critères objectifs tels que l’âge, les années de service, la formation, etc. L’écart inexpliqué n’est ainsi que de l’ordre de 8% et c’est par un raccourci intellectuel on ne peut plus contestable que les milieux féministes traduisent «inexpliqué» par «discriminatoire».

Pour en revenir aux fausses annonces, le plus consternant dans cette affaire est sans nul doute le manque de rigueur et de professionnalisme du journaliste qui les a relayées sans réfléchir, alors que n’importe quelle personne douée d’une once d’esprit critique pouvait se douter qu’il s’agissait d’un canular. Le moins que l’on puisse dire est qu’il ne fait pas honneur à sa profession, surtout à l’heure où le monde de la presse est dans la tourmente et s’inquiète des concentrations et réductions de titres, mettant en garde quant aux conséquences sur la qualité de l’information.

A défaut de faire acte de contrition, le journaliste en question aurait au moins pu faire profil bas. Mais non. Il a préféré s’enfoncer en publiant, le 7 septembre, sous le titre raffiné «Fake news, mensonges, armes… et la moralité bordel?», un éditorial où il se pose en père la vertu. Ainsi, au nom d’un ordre moral prétendument supérieur, il affirme que les fausses annonces n’ont pas la portée scandaleuse qu’on leur attribue, «puisqu’elles reflètent une vérité bien réelle, celle de la discrimination salariale». On peut ainsi faire, dire et écrire n’importe quoi du moment qu’on est au service de la «bonne cause». Si on entre dans ce genre de raisonnement, le seul élément qui distinguera, à terme, la presse dite d’information des réseaux sociaux, c’est un certain respect des règles syntaxiques et orthographiques; et encore…

* Secrétaire patronale, Centre Patronal





 
 
 

AGEFI

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