De conseiller financier à conseiller de famille

mardi, 22.10.2019

Mathieu Saint-Cyr*

Mathieu Saint-Cyr

Le nombre de family offices a plus que décuplé en moins d’une décennie: il est passé d’environ un millier en 2008 à plus de 10.000, selon Ernst &Young, et leurs actifs sous gestion atteignent les 5900 milliards de dollars estime Campden Research.

Cette évolution a plusieurs causes. Les commissions élevées et les performances en demi-teinte des services financiers traditionnels représentent deux d’entre elles. Cependant, l’engouement récent pour le modèle de gestion basé sur le family office semble davantage tenir au fait qu’il permet à la famille de contrôler entièrement la totalité de ses investissements. Il s’explique également par les conflits d’intérêts auxquels se trouvent parfois confrontés les établissements financiers qui, en proposant leurs propres véhicules de placement, n’offrent pas toujours une solution optimale à leurs clients.

Qui dit family office, dit interlocuteur unique dont la seule mission est de satisfaire tous les besoins des familles fortunées en matière financière, qu’il s’agisse de structurer leur patrimoine ou d’en assurer la pérennité. La plupart des structures de ce type proposent un vaste éventail de services qui englobent la planification patrimoniale et l’expertise financière ainsi que les conseils juridiques et fiscaux dont le poids gagne en importance. A l’avenir, les family offices devraient étendre la gamme des services qu’ils proposent dans des domaines tels que les stratégies d’investissement alternatives, la digitalisation des services et la philanthropie. En effet, lorsqu’une famille utilise un nombre important de véhicules de placement, confier la gestion de ses œuvres philanthropiques à un family office peut s’avérer être une décision très judicieuse. Cette tendance devrait d’ailleurs s’amplifier au fur et à mesure de la transmission des patrimoines aux nouvelles générations, et en particulier aux enfants de la génération Y, car ceux-ci sont particulièrement sensibles aux valeurs de développement durable et impact positif.

Les questions de gouvernance gagnent également en importance à mesure que les familles prennent conscience du fait que la plus grande menace qui pèse sur la pérennité de leur patrimoine est souvent d’origine interne, la dynamique familiale étant par moments soumise à rude épreuve. Les conflits résultant de divergences concernant la planification successorale ou les décisions d’investissements sont susceptibles de diviser une famille et conduire au morcellement de ses avoirs. En élaborant une gouvernance solide, les family offices sont en mesure d’aider la famille à se doter d’une structure qui lui permettra de résister aux pressions qui viennent menacer son patrimoine.

Le défi qui se pose aujourd’hui aux family offices est de pouvoir apporter leurs conseils dans un nombre de domaines qui va toujours croissant. Pour répondre à cette demande, ils doivent donc disposer des compétences techniques et humaines adéquates. Les objectifs et le rôle du family office devront être plus clairement définis qu’ils ne l’étaient par le passé. Le family office devra évoluer et devenir un véritable conseiller de famille, sa fonction de conseiller financier n’étant plus que l’une de ses nombreuses attributions.

* Director, Head of Asset Management, Geneva Management Group





 
 
 

AGEFI

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