Crise sanitaire: comment vivre avec sur la durée

mardi, 05.05.2020

René Longet*

René Longet

Il était nécessaire que dans la phase aiguë les Etats prennent le taureau par les cornes et imposent des mesures quasiment de guerre sans trop penser aux dégâts. Mais la phase chronique doit se passer autrement; une société qui se veut démocratique ne peut pas vivre durablement en régime d’exception.

Quand on lit que pour longtemps, au moins jusqu’à l’existence d’un vaccin, nos déplacements resteront fortement limités, les événements culturels, sportifs, communautaires restreints à un petit cercle de personnes et que notre vie ne sera plus jamais comme avant, vu qu’il y aura d’autres vagues ou d’autre virus, on doit légitimement se poser quelques questions de fond sur les enjeux sanitaires et sécuritaires. Et on rappellera que toute décision doit se prendre selon un calcul coût-bénéfice (sur les plans économique, écologique et social), le principe de proportionnalité et après validation démocratique. 

Procéder à un vrai bilan coûts-bénéfice

Il a déjà été souligné à quel point l’action énergique, voire militaire, des Etats face au virus contrastait avec la léthargie des mêmes Etats face aux pesticides toxiques qui tuent dans le monde plus de 200’000 personnes par an. Ou face à l’industrie du sucre largement responsable de la croissance continue du diabète, qui touche plus de 450 millions de personnes, et à l’abus d’antibiotiques qui rend résistantes les sources bactériennes, causant un nombre inquiétant de décès. 

Si certains aspects de la réduction drastique des activités ont assuré un répit autant à la nature qu’à de nombreux humains qui n’en pouvaient plus, les soucis de ceux qui ont perdu leur emploi, qui ont dû fermer boutique, compensent largement cette fugace impression de respirer à nouveau... Les dommages économiques se muent aussitôt en dommages sociaux, et en dettes personnelles et publiques sans précédent. La crise sanitaire ne saurait éclipser une crise infiniment plus grave, la crise du climat et de la biodiversité, or il n’est pas certain que la relance économique nécessaire se fasse d’une manière environnementalement positive, ce qui prépare tout simplement la prochaine crise.

Assurer la proportionnalité

Une fois un certain nombre de probabilités, voire de certitudes, acquises (comme la relative innocuité du virus chez les enfants et les jeunes, une mortalité concentrée sur les 80 et + et les personnes affectées par exemple d’obésité morbide, l’efficacité de la distance sanitaire, l’utilisation du masque), il est temps, même en cas de rebond de la maladie, qu’à l’enfermement général des populations succèdent des mesures de protection individualisées. Ainsi en France, le projet de confiner sur la durée 20% de la population (les 65 ans et +) a suscité un légitime tollé. Et à tout prendre, une traçabilité de nos déplacements est moins intrusive que leur quasi-abolition...

Décider démocratiquement de nos choix de vie

La démocratie est en son essence une pesée d’intérêts collective sur ce qui est prioritaire, sur ce qui fait l’intérêt de la vie. C’est le débat entre liberté et sécurité, entre prolongement de toute vie à tout prix et qualité de vie; il est exclu que tout cela ne se décide qu’entre ministres et épidémiologues. Plusieurs Etats ont saisi l’occasion pour durcir leur approche autoritaire vers une gouvernance à la chinoise, faisant de la démocratie la victime collatérale de la crise. Ce n’est évidemment pas une voie à suivre.

* Expert en développement durable





 
 
 

AGEFI

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