Crise migratoire liée au climat: anticiper ou subir

jeudi, 19.11.2020

Marie Owens Thomsen *

Marie Owens Thomsen

L’économie peut a priori s’adapter aux changements qui interviennent graduellement. Quand ceux-ci sont importants et soudains, l’adaptation peut être très difficile, et on parle alors de chocs.

Certains événements peuvent parfois être anticipés mais le monde a tendance à l’inaction. La pandémie que nous connaissons actuellement pourrait être considérée dans cette catégorie, tout comme la crise migratoire de 2015 qui aurait pu être gérée autrement. Entre établir un plan ou se laisser surprendre, le choix devrait être d’autant plus simple à la lumière de ces expériences récentes.

Pourtant, ils n’existent que peu d’exemples de planification face à la crise migratoire que l’on peut clairement anticiper en raison du changement climatique. La Nouvelle Zélande a été saluée pour avoir accepté d’accueillir les habitants des îles Tuvalu qui deviendront inhabitables selon les prédictions actuelles. Pourtant, ce programme qui vise l’accueil de 75 Tuvaluanes par an ne spécifie pas qu’il s’agit d’un accueil lié au changement climatique.

La Suède est probablement le pays le plus avancé dans ce contexte. Sa politique migratoire identifie des «migrants environnementaux» comme une catégorie spécifique de personnes à protéger. Néanmoins, les textes actuels restent flous, si les retombées d’une catastrophe nucléaire y sont inclus, la définition des désastres naturels est sujet à interprétation. Pour le reste, le monde s’organise plutôt en réaction à ce type d’événements. À titre d’exemple, les Etats-Unis avaient accordé un statut de protection temporaire aux migrants venant de Honduras en 1998, suite au passage de l’ouragan Mitch.

La Suisse, le Canada et la Malaisie ont accueillis des migrants victimes du tsunami de 2004.

Dans une tendance opposée, on remarque la tentation de fermer les frontières. Le président américain en avait fait une promesse électorale en 2016. L’Inde a commencé la construction d’une clôture au long de la frontière avec le Bangladesh en 2002. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, il y avait sept murs ou barrières de ce genre dans le monde. En 1989, quand tombait le mur de Berlin, il y en avait 15. Actuellement il en existe au moins 77 dans le monde selon les sources officielles.

Il est impossible de savoir combien de personnes vont être poussées à quitter leur pays d’origine à cause du changement climatique, et quand. Toutefois, il est probable que des centaines de millions de personnes subissent ce sort.

L’inaction des dirigeants

Le Professeur Myers de l’Université d’Oxford, cité par l’IPCC, anticipe 200 millions de migrants climatiques d’ici 2050. A titre de comparaison, l’Europe gérait 10 millions de migrants lors de la Seconde Guerre mondiale. En 2015, il s’agissait d’environ 2 millions de personnes. De quoi donner le vertige à nos dirigeants.

Une explication potentielle à l’inaction observée actuellement par rapport à cette situation peut être le pari fait que les mesures d’adaptation, telles que la construction de barrages contre l’augmentation du niveau de la mer, suffiront à résoudre l’équation.

L’histoire de l’humanité suggère néanmoins que la migration a toujours été un mécanisme important pour faire face aux changements climatiques. En termes de gestion des risques, il serait préférable de se préparer à ces potentiels flux migratoires plutôt que de nous exposer à l’éventualité de voir la détresse s’accumuler au pied des 77 murs dans le monde.

* Head of Global Trends, Banque Lombard Odier





 
 
 

AGEFI

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