Crise du Covid-19: ce qu’elle dit de notre pays

samedi, 16.05.2020

Stéphanie Ruegsegger*

Stéphanie Ruegsegger

Comme la grande majorité des pays au monde, la Suisse est touchée de plein fouet par le coronavirus. Depuis le 16 mars, l’économie, la vie sociale, sportive ou culturelle est à l’arrêt. Une crise comme n’en a jamais connu le pays depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Chaque pays a réagi selon l’ampleur du désastre sanitaire qui le touchait, de sa culture, de ses infrastructures et bien évidemment aussi de ses moyens. La Suisse a pris rapidement des mesures fortes, rompant avec son rythme politique familier, concerté et lent. Elle a régulièrement communiqué et adapté son action à la situation. Les oubliés de la première heure ont eu droit à leur séance de rattrapage. Tout n’est certes pas parfait, mais comment pourrait-il en être autrement au vu du séisme qui nous touche? La démocratie participative chère au cœur des Suisses en a également pris pour son grade, avec le régime d’ordonnances du Conseil fédéral, qui s’est affranchi de l’avis du parlement et des outils de contestation traditionnels. A situation d’exception, système d’exception! La session parlementaire qui vient de s’achever a confirmé, si cela était nécessaire, la justesse de l’action gouvernementale. Le pragmatisme l’a heureusement emporté sur le dogmatisme. 

Il s’agit dorénavant de gérer la reprise des activités. Ainsi que l’a indiqué Alain Berset, elle doit être aussi rapide que possible et aussi lente que nécessaire. Toutes les précautions sont prises pour permettre une reprise indispensable, car il convient de ne pas hypothéquer l’avenir des générations futures en maintenant artificiellement cet état de mort cérébrale économique. Certains ne veulent pas de cette reprise et appellent à un changement total de paradigme, face à un système économique qu’ils dénoncent et estiment mourant, quand ils ne le tiennent pas pour responsable de la crise. S’ils pensent à la décroissance comme modèle de remplacement, les deux mois de confinement ont permis de constater les effets dévastateurs d’un tel projet sur la société. 

A contrario, si la Suisse a pu gérer la crise de la façon adéquate, c’est précisément parce qu’elle bénéfice d’un système économique et social performant. La saine gestion des finances a permis de dégager des fonds substantiels pour une aide rapide. Les hôpitaux ont pu faire face. Les mailles du filet social se sont resserrées pour éviter le naufrage des plus démunis et l’ancrage de problématiques sociales majeures. La Suisse mettra sans doute du temps à atteindre sa vitesse de croisière, mais celle-ci doit rester son objectif. Elle doit pouvoir retrouver les conditions cadre qui lui permettent d’assurer son fonctionnement en période normale et de réagir face à l’extraordinaire lorsque les circonstances l’exigent. Il faut se garder pour cela d’écouter les conseils de ceux qui proposent d’engager de nouvelles dépenses pérennes et régulières, qui plus est sur la base de revenus fluctuants. Que ce serait-il passé si on avait ainsi siphonné les fonds de la Banque nationale suisse comme le proposent certains? Elle n’aurait pu jouer le rôle qu’elle a tenu et la Suisse aurait dû revoir ses ambitions d’aides à la baisse.

Un bilan devra être dressé une fois la tourmente passée. Des ajustements devront être effectués, s’ils s’avèrent pertinents. Les files d’attente pour obtenir une aide alimentaire ont dévoilé à Genève l’ampleur du travail souterrain et illégal et il conviendra de répondre de manière adaptée à ce fléau. On pourra aussi constater ce qui a permis de protéger du mieux possible la population. Ne jetons pas aux orties ce qui a fait notre force.

* FER





 
 
 

AGEFI

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