Coup de frein pour l’économie suisse

mercredi, 06.03.2019

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

L’an dernier, grâce à un premier semestre très costaud, l’économie suisse a enregistré une croissance impressionnante de 2,5% de son produit intérieur brut réel. Elle avait alors profité d’un franc plus faible et d’une conjoncture mondiale solide.

Avec 1,6% (3,3% si le rythme avait été tenu sur l’année), la croissance de ce premier semestre 2018 représente l’évolution la plus forte de ces dix dernières années. Elle avait toutefois nettement ralenti au deuxième semestre pour passer à 0,2%. Cela s’explique principalement par l’effondrement de la conjoncture au troisième trimestre, avec un recul de 0,3% de l’économie suisse. Malgré une hausse de 0,2%, le dernier trimestre n’avait pas réussi à renouer avec les forts taux de croissance du premier semestre.

Cette année, l’économie helvétique va pâtir de sa dépendance envers la conjoncture mondiale. Le contexte international est dominé par des risques politiques et de récession. En particulier, la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne (UE), le Brexit, qui pourrait se faire de manière réglementée (soft Brexit) ou alors hors de toute solution contractuelle (hard Brexit).

Le différend commercial entre la Chine et les Etats-Unis et le risque que l’UE s’y retrouve impliquée constituent également une menace. L’Italie est, elle aussi, un foyer de troubles permanent. Le gouvernement populiste cherche désespérément des moyens de financer des promesses électorales irréalistes et effraie ainsi les marchés des capitaux. La hausse des intérêts qui en résulte a été l’une des raisons de la récession italienne au second semestre 2018.

Même l’Allemagne n’a échappé que de peu à ce sort. La zone euro traverse ainsi une période de net ralentissement conjoncturel - ce qui est le principal risque pour l’économie suisse. Toutefois, le scénario envisagé n’est pas celui d’une récession en Europe. On peut prévoir une stabilisation de la conjoncture dans la zone euro durant l’été, car la nette amélioration sur le marché de l’emploi européen ces derniers trimestres va contrecarrer le ralentissement.

La contraction de la conjoncture européenne laissera des traces sur l’économie suisse. Alors que la croissance helvétique avait encore été de 2,5% l’an dernier, elle ne devrait pas dépasser 0,9% cette année.

Ce recul est principalement dû au ralentissement des exportations. Une croissance plus faible dans la zone euro et un franc plus fort que l’an dernier assombrissent les perspectives pour les exportateurs suisses.

Outre les signes annonciateurs d’un affaiblissement conjoncturel, d’autres facteurs soutiennent en revanche l’économie helvétique. Si un net ralentissement de la conjoncture européenne est prévisible, l’économie mondiale devrait continuer à croître solidement. De plus, l’activité domestique suisse devrait être plus dynamique que les années précédentes. Le marché du travail s’est sensiblement redressé et peut apporter des impulsions importantes à la consommation.

Cette année, un taux d’inflation de 0,6%, et de 1% l’an prochain, est attendu. Le ralentissement de l’économie et les faibles taux d’inflation ne devraient guère fournir d’arguments à la Banque nationale suisse pour relever bientôt ses taux d’intérêt. Elle devra attendre que la Banque centrale européenne commence à relever les siens. Et cela pourra prendre un certain temps.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS





 
 
 

AGEFI

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