Comment passer de l’école à l'entreprise, de l'élève au manager?

dimanche, 02.06.2019

Christophe Clavé*

Christophe Clavé

Les entreprises ont besoin de cadres dont le profil ne cesse d’évoluer, même si de grandes tendances se dessinent. Compétents techniquement, ils doivent maîtriser de nombreuses compétences et capacités comportementales. La formation de ces managers est depuis toujours au centre d’un savant équilibre entre savoir académique et compétences pratiques.

Dans un article publié en 2007 dans la Revue française de sociologie, Yves-marie Abraham montrait comment la plus prestigieuse école de gestion française (HEC Paris) non seulement gère cet antagonisme, mais construit pour ses étudiants un parcours qui les fait passer progressivement du statut (de l’identité) d’élève à celui de manager. Cette dualité s’applique aujourd’hui à toutes les formations au management, et bien sûr tout particulièrement aux business schools. Ce qui est à l’œuvre est la réalisation d’un véritable paradoxe: le travail pédagogique se fait en quelque sorte «contre lui-même», opérant au sein de l’école une «déscolarisation» visant à transformer l’étudiant en manager.

Le vecteur d’une véritable transformation

L’enjeu pour ces écoles réside dans leur capacité à réussir une véritable imprégnation managériale. Au bout de quelques mois, les étudiants ont changé. Ils maîtrisent la langue de l’entreprise et de sa gestion, ils sont capables de nommer les entreprises leaders dans différents secteurs aussi bien que leurs dirigeants. Ils réfléchissent à leur propre avenir professionnel selon les codes et les normes des entreprises, de leurs organisations et fonctions.

Pour parvenir à cette mutation, les enseignements sont participatifs et centrés sur des «cas» d’entreprise, privilégiant non pas l’absorption de savoir théoriques, mais la mise en œuvre de compétences managériales (analyses, diagnostic, actions). L’importance donnée aux stages en entreprises et à l’étranger qui occupent une part croissante des cursus souligne comment la formation se déscolarise. Cette déscolarisation est le vecteur d’une véritable transformation des étudiants, qui en fin de cursus ont beaucoup mûris. Cela se mesure par la participation en classe, la facilité de prise de parole en public, l’expression plus affirmée des opinions.

Cette transformation qui va au-delà du simple mûrissement semble confirmer la validité et l’efficacité de ce modèle. C’est ainsi que ce qui peut apparaître comme un désengagement scolaire est sans doute un processus de transformation créateur de profils de compétences optimisés pour le monde de l’entreprise. La question centrale demeure donc celle de l’équilibre à trouver entre savoir académique et compétences pratiques.

A observer les classements nationaux et internationaux de ces formations managériales, il semble bien que la voie de la sagesse soit celle de l’équilibre. Cette recherche de l’équilibre parfait entre savoir académique et compétences managériales demeure ancrée au cœur des formations au management et des business schools. Si une école s’éloigne de ce point d’équilibre, elle subit une sanction immédiate. Elle régresse dans les classements, perd son attractivité, voit son nombre d’étudiants chuter et son image auprès des entreprises se détériorer.

Il s’agit pour ces programmes de formation de marcher sur une corde raide. C’est la condition de leur survie. Immanquablement, lorsque cet équilibre est rompu en raison d’un choix malheureux ou d’un renoncement, l’école chute. Remonter sur la corde raide demande du temps et une agilité bien plus difficile à mettre en œuvre qu’il n’en aurait fallu pour demeurer sur le fil.

* Professeur de stratégie & management, INSEEC SBE 





 
 
 

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