Comment collaborer lorsqu’on ne peut pas se rencontrer?

dimanche, 08.12.2019

Christophe Clavé *

Christophe Clavé

Il est pratiquement impossible aujourd’hui de parler d’innovation sans se référer à la collaboration qui détermine la qualité des échanges d’idées, de ressources et de compétences. La collaboration se définit autour de trois dimensions incontournables que sont la communication, la coordination et la participation à la prise de décision.

La collaboration décrit donc la nécessité de travailler ensemble pour atteindre un objectif partagé. Elle est au centre de l’innovation. Mais comment collaborer lorsque les personnes ayant les compétences nécessaires à la réalisation d’un projet sont éparpillés dans des régions différentes, et ne peuvent pas ou très peu se rencontrer?

Un article publié dans le Journal of Innovation Economics & Management par Mario Bourgault et Jouad Daoudi étudie la performance d’équipe ayant à travailler ensemble alors même que leurs membres ne sont pas localisés au même endroit. Incapables de se réunir, ces équipes souffrent d’un déficit relationnel qu’elles doivent compenser par un certain nombre de mécanismes et d’outils dont la communication est le pivot. Le développement d’internet et d’innombrables outils de collaboration à distance est supposé palier à ce déficit relationnel.

Bien se connaître

Or il semble bien que tel n’est pas entièrement le cas. Le premier obstacle à l’efficacité des équipes dispersées réside dans la diversité des individus la composant. Pour bien travailler ensemble il faut bien se connaitre. Cela nécessite du temps, des interactions, des réalisations partagées.

Beaucoup de temps est passé à se comprendre, à comprendre les valeurs et les croyances des autres. Il faut du temps pour créer un niveau de compréhension sur lequel la collaboration s’épanouit. Ne pas se rencontrer pour parvenir à ce point de compréhension est une cause d’échec des équipes dispersées. L’information est au centre du dispositif et la première responsabilité du leader.

Au-delà, il se concentre sur l’accompagnement de l’équipe à anticiper et gérer ses propres conflits en participant aux prises de décisions. L’étude confirme le rôle central du leadership. Le leader est la source d’énergie. Il clarifie les objectifs et les priorités, assure un climat de partage et de confiance sans lequel il n’est point de collaboration, et motive les parties prenantes au projet à remplir leur mission en accord avec les objectifs définis préalablement. On en revient toujours au même point.

Un leader a une telle influence sur les résultats qu’il est un élément central du dispositif entrepreneurial. N’est-il pas temps de se consacrer pleinement à cette question de l’identification et de la reconnaissance des leaders comme titulaire d’une mission d’exception, comme capables de savoir-faire rares, et comme contributeurs centraux de la création de valeur?

Oui leader est un métier et plus qu’un métier. Parallèlement tout cela confirme la raison d’être pour l’entreprise de ses vision, mission et valeurs. Ce triptyque offre une direction sur laquelle s’aligner et un cadre de référence qui seront la boussole guidant les équipes et les encadrant dans la gestion de leur autonomie. Le rôle et l’implication du leader, la flexibilité et l’engagement de ses membres offrent donc une combinaison à peu près indissociable de sa performance.

Tout est lié. Le leadership via sa mission de coordination assure la circulation de l’information, l’engagement des individus partie-prenante au projet et la nature et la richesse de leurs interactions. Les uns n’existent pas sans les autres.

* Professeur de stratégie & management INSEEC SBE

>> Du même auteur, lire aussi: 

-Les quatre profils de leaders incompétents les plus fréquents

-Recrutement: il est très probable que vous vous y preniez mal

-Comment faire sans leader charismatique sous la main?

-Comment collaborer lorsqu’on ne peut pas se rencontrer?





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki



...