Combien de temps durera la récession et quelle sera sa gravité?

mercredi, 25.03.2020

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Pas de doute: c’est une récession probablement très profonde qui se profile. Et elle ne pourra être jugulée et déboucher sur une reprise au deuxième semestre qu’avec la participation de tous les acteurs.

Il faut l’avouer: une escalade aussi rapide des événements liés à la propagation du coronavirus n’était pas attendue. Ce qui s’est abattu, en l’espace de deux semaines, sur les investisseurs et les observateurs intéressés par la vie des marchés financiers a parfois dépassé toute capacité d’entendement. Dans l’immédiat, la priorité est bien sûr de ralentir nettement la propagation du virus en appliquant les mesures prises pour l’endiguer. 

Le risque de récession

Ceci dit, les marchés se focalisent déjà sur la question suivante, à savoir si les mesures de soutien sur le plan fiscal et monétaire feront bientôt effet, tant pour réduire le stress sur les marchés financiers que pour parer aux pénuries de liquidité dans l’économie réelle, qui augmentent désormais rapidement et de manière drastique. 

Pour l’économie helvétique, la question est la même: les mesures de soutien décidées par la Confédération et par les cantons suffiront-elles à éviter une vague de faillites en Suisse? Cela entraînerait en effet une hausse rapide du chômage, une inquiétude encore plus grande au sein de la population et donc un recul de la demande des consommateurs. 

Le tout au moment même où, si la propagation du virus était endiguée, les mesures de quarantaine pourraient être assouplies. La reprise espérée vers le milieu de l’année n’aurait alors pas lieu, le pays serait plongé dans une récession durable.

Le plan de relance

Pour éviter un tel scénario, le Conseil fédéral a mis en place un plan de relance de plus de quarante milliards de francs, dont environ la moitié pour l’indemnisation du chômage partiel. Sur les fonds restants, une grande partie doit être versée aux entreprises particulièrement touchées pour les aider à surmonter leurs problèmes de liquidité. 

La Confédération va donc consacrer près de 6% du produit intérieur brut à des aides directes, des injections de liquidités et des garanties de crédits. D’autre part, de plus en plus de cantons annoncent maintenant leurs propres plans de soutien, qui vont dans la même direction. Ces programmes devraient suffire à empêcher une vague de faillites importante et à assurer le maintien du versement du salaire des collaborateurs pour deux à trois mois.

La BNS sans surprise

Pas de grande nouveauté du côté de la Banque nationale suisse (BNS) lors de son évaluation de la politique monétaire. Certes, elle n’a pas baissé davantage ses taux d’intérêt, ce qui n’a rien d’étonnant après que la Banque centrale européenne (BCE) n’a de son côté pas touché à ses taux directeurs. 

La BNS a toutefois encore relevé le montant exonéré pour l’imputation des intérêts négatifs aux banques. Elle mise toujours sur des interventions sur le marché des changes pour empêcher une réévaluation brutale du franc.

Pour le reste, la BNS s’est cependant montrée peu innovante. Aux Etats-Unis comme en Europe, les banques centrales ont annoncé très vite des mesures à la portée beaucoup plus vaste pour soutenir directement l’octroi de crédits et garantir ainsi la liquidité de l’économie réelle. 

Afin de juguler la récession potentiellement grave qui s’annonce et d’engager rapidement une reprise, il est essentiel que l’ensemble des acteurs fassent tout leur possible afin que les nombreuses PME concernées puissent garder la tête hors de l’eau.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS





 
 
 

AGEFI

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