Climat: le fissile n’est pas une réponse au fossile

jeudi, 09.05.2019

René Longet*

Voici un peu moins de deux ans, par le vote de la nouvelle loi fédérale sur l’énergie, le peuple suisse validait une double orientation. D’une part, de ne plus autoriser de nouvelles centrales nucléaires, d’autre part, de ne pas fixer de fin d’exploitation pour celles existantes – qui fournissent entre un tiers et deux cinquièmes de notre production d’électricité.
Il ne s’agit pas d’aversions subjectives contre telle ou telle mode de production d’énergie, mais d’enjeux de sécurité. Dans le monde, chaque réacteur nucléaire de plus, c’est autant de radioactivité en plus à isoler du vivant de manière étanche. Ceci sur tout le circuit de l’uranium: la mine, les transports, l’enrichissement, l’usage dans les réacteurs, la gestion des déchets. Et c’est ainsi que le nucléaire civil ajoute sa dose de radioactivité aux sources naturelles et militaires.
Une centrale nucléaire, c’est une chaudière dont la vapeur actionne une turbine, sauf que... la chaleur à l’origine de la vapeur est issue de la réaction radioactive. Partant du fait que, contrairement aux autres formes de production thermique d’électricité (charbon ainsi que gaz), le combustible radioactif n’émet pas de gaz carbonique, le lobby nucléaire se positionne comme ami du climat. Il convient donc de se poser la question du réalisme d’une substitution du fissile au fossile.

10% de l’électricité est d’origine nucléaire

Un petit calcul permet de donner rapidement la réponse: il faut en moyenne 10 ans de travail avant la mise en service d’un réacteur, et 10 milliards de francs par unité de production de 1000 MWe, Dans le monde, 10 % de l’électricité est d’origine nucléaire, et comme l’électricité représente 20% du mix énergétique global, c’est donc... 2%, du total qui sont aujourd’hui assurés aujourd’hui par les quelque 450 réacteurs en fonctionnement.

Dépenser 6000 milliards pour un effet limité

Pour ne serait-ce que passer de 2% à environ 5% (en supposant une stabilisation de la consommation, loin d’être acquise), il faudrait attendre 10 ans, dépenser 6000 milliards... pour un effet fort limité. A moins que... comme certains le postulent, on accélère le rythme. Mais l’investissement augmente d’autant. Et au lieu d’avoir un problème, nous en aurons deux. Car si on sait mettre en route une réaction radioactive, malgré des décennies de recherche, nul ne sait encore comment l’arrêter!
La mise en valeur des énergies renouvelables, indigènes et décentralisées (géothermie, éolien, solaire, hydraulique, biomasse), combinée avec un usage économe des énergies, est infiniment plus avantageuse par rapport aux moyens engagés. Y compris en matière d’emplois diversifiés et locaux.

* Expert en développement durable





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki



...