Chez les Helvètes et chez les Bretons

mardi, 02.07.2019

Marie Owens Thomsen*

Sans potion magique, le Département fédéral des finances suisse a imposé, dès le 1er juillet, une mesure de représailles sur le premier partenaire commercial du pays, l’Union européenne. La Commission européenne n’a pas renouvelé l’équivalence des places boursières suisses, expirant fin juin, malgré le fait que le système légal suisse ait été jugé équivalent de nombreuses fois par le passé.

Ainsi, la mesure prise par la Suisse intervient dans le but de protéger et de maintenir le bon fonctionnement de l’infrastructure boursière suisse. Les investisseurs résidant dans des Etats membres de l’Union européenne vont continuer à avoir accès aux marchés boursiers suisses, mais ne pourront plus acheter ni vendre d’actions suisses dans l’UE. La mesure ne sauve pas, par contre, les actions des sociétés domiciliées dans l’Union européenne qui ne pourront plus être négociées sur les plateformes suisses.
Le sujet trouve son origine dans les relations bilatérales entre la Suisse et l’Union européenne. La Commission cherche à contrer tout assouplissement du cadre du marché unique dans cette phase critique des négociations avec le Royaume-Uni concernant le Brexit. Le sort des Helvètes se trouve alors curieusement lié à celui des Britanniques, et ce depuis 2016. Les Suisses ont voté l’initiative populaire «Contre l’immigration de masse» en 2014, et un accord avec l’Union européenne était proche en 2016 quand, contre toute attente, les Britanniques ont voté en faveur d’une sortie de l’Union.
Depuis, le Parlement suisse a décidé d’implémenter une lecture souple du résultat de la votation de 2014, et l’Union européenne, quant à elle, a cherché à mettre de l’ordre parmi les 120 accords qu’elle maintient avec la Suisse. Le non-renouvellement de l’équivalence boursière de la part de l’Union vise à encourager les Suisses à conclure rapidement ce dossier, avant que les Britanniques ne prennent le dessus une nouvelle fois. Cette décision pourrait aussi s’appliquer au Royaume-Uni, une fois sorti de l’Union européenne.
Tendance à l’intimidation
à déplorer
On constate que le réflexe, si naturel Outre-Atlantique, d’utiliser l’économie comme une arme gagne les côtes européennes. Certes, il est efficace de frapper «là où ça fait mal», en d’autres termes souvent dans nos portefeuilles. Mais en matière de politique, il faut déplorer cette tendance à l’intimidation qui est destructrice de valeur, comme de valeurs. Manipuler des valeurs fondamentales dans l’objectif d’obtenir une concession sur un autre sujet est moralement répréhensible, mais aussi coûteux d’un point de vue économique. Il est évidemment dans l’intérêt de tous que les marchés, financiers et autres, puissent fonctionner de manière durable, prévisible, et transparente entre les pays qui partagent cette vision.
Nous déplorons quand les Etats-Unis limitent le flux de biens, services, personnes, et capitaux afin de dominer leurs partenaires commerciaux. Il faut regretter de la même manière quand l’Europe s’y prête. La liberté de mouvement des biens, services, personnes, et capitaux sont les quatre piliers de l’Union européenne, et plus largement de toute notre civilisation, si l’on retrace nos origines aux oracles de Delphes. Ce sont des valeurs à défendre impérativement. A coup de pomme, d’arbalète, et de thé, s’il le faut, par Toutatis!

* Chef économiste, CA Indosuez (Switzerland)





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki




...