Changement climatique: les migrations à venir

dimanche, 26.05.2019

Jacques Neirynck *

Jacques Neirynck

Le Bangladesh est extrêmement peuplé: plus de 150 millions d’habitants. Sa densité est l’une des plus importantes au monde. Pourtant le pays pourrait perdre jusqu’à 20% de son territoire d’ici 2050.

En cause, la montée du niveau de la mer. L’eau salée s’immisce et pénètre dans les terres. On retrouve des taux élevés de sel jusqu’à 100 km de la côte.

D’ici 2050, les terres agricoles vont diminuer, à cause de la salinité. Certaines terres seront même submergées.

En 1970, un cyclone a fait 500 000 morts. En 1991, un tsunami a tué quelque 138 000 personnes.

Un foyer d’émigration

Toutes les conditions sont réunies pour faire de ce pays un foyer d’émigration dans un futur proche. Or, les pays voisins surpeuplés ne l’accepteront pas et les Bangladais tenteront de se tourner vers l’Europe, havre de paix et de prospérité. Bien évidemment, ils ne seront pas les bienvenus sinon à dose homéopathiques. Soumise aussi à la pression africaine, il ne restera à l’Europe d’autre ressource que de se barricader.

Mais comment? Par des murs.

On connaît les plus célèbres: le mur entre Israël et la Cisjordanie, 463 km contre le terrorisme; ceux de Ceuta et Melilla avec le Maroc, doublés d’un mur sur le territoire marocain; le plus long est entre les Etats-Unis et le Mexique soit 1 100 km que Trump se propose de compléter; celui de 155 km entre la Hongrie et la Serbie. L’étendue planétaire du phénomène est telle que 70 murs s’étendent sur 40 000 kilomètres, soit l’équivalent de la circonférence de la Terre.

La Méditerranée le plus long rempart

Dans le futur, les murs auront la fonction d’empêcher d’entrer. Ce sont les remparts que les pays riches érigent contre l’immigration des pauvres.

Le plus long de ces remparts est le fossé constitué par la Méditerranée. Les migrants, qui n’ont pas accès à un passage régulier faute de visas, sont obligés de risquer leur vie sur des embarcations précaires. Tous les autres remparts orientés vers le Sud jouent le même rôle.

Ceci ne signifie pas qu’il existerait des solutions alternatives. La mauvaise volonté réciproque entre Israéliens et Palestiniens empêche la résolution du conflit, qui les divisera très longtemps.

De même un milliard d’Africains ne parviennent pas à construire des Etats de droit, stables, sans corruption généralisée, sans guerres civiles. Même si ce continent regorge de ressources, le peuplement actuel est et sera pour longtemps incapable de les exploiter.

L’attrait de l’Europe est irrésistible, non seulement pour des réfugiés politiques fuyant la violence, mais aussi et surtout pour des migrants économiques.

Il s’agit d’une énorme bombe à retardement, celle d’une invasion massive, contre laquelle aucun mur ni aucune loi ne protégera.

Le pape François a résumé la situation dans une phrase prophétique: celui, qui s’enferme derrière des murs, construit sa prison. Bien sûr, mais a-t-il une autre solution?

* Professeur honoraire EPFL





 
 
 

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