Ces acrobaties budgétaires qui menacent les caisses vaudoises

jeudi, 06.12.2018

Claudine Amstein*

Claudine Amstein

Le Grand Conseil vaudois a entamé cette semaine le premier débat sur le budget de l’année prochaine. Des prévisions financières aux allures d’exercice d’équilibrisme, qui contiennent de redoutables bombes à retardement.

Le parlement votera la semaine prochaine son treizième budget équilibré. Tous les cantons suisses ne peuvent pas en dire autant. Tout va très bien pour le citoyen contribuable, qui peut donc passer tranquillement son chemin. A y regarder de plus près, cependant, ce budget fleure l’exercice d’équilibrisme et recèle, dans le fond, de véritables bombes à retardement.

Le premier risque explosif tient à la répartition des tâches au sein du Conseil d’Etat. Cinq départements se partagent à peine 29,5% des dépenses. Etrange équilibre... Le Département de la santé et de l’action sociale (DSAS) s’approprie à lui tout seul 40% du budget, alors que celui de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC) passe de peu la barre des 30%. En plaçant le social devant la formation, le canton ne dispose assurément pas des meilleurs atouts pour s’engager sur la voie du succès, car c’est bel et bien en privilégiant l’éducation que l’on parviendra à éviter le glissement des citoyens vers l’aide sociale. A fortiori lorsque l’on sait que le canton de Vaud compte davantage de personnes sans formation de base que la moyenne suisse.

La bombe à retardement la plus menaçante se niche dans le nouveau système de subventionnement à l’assurance maladie, qui sera déployé l’an prochain dès que les primes dépasseront le 10% du revenu imposable. Ces subsides représenteront à eux seuls près de 800 millions de francs sur un budget de 9,7 milliards, soit un montant qui excède ou égale chacun des budgets des cinq départements précités! De manière mécanique, ces derniers vont continuer à augmenter à chaque hausse de primes de la LAMal. Ils représentent un véritable risque systémique qui pourrait prendre une ampleur supplémentaire si l’on accroît les déductions fiscales. En effet, ces dernières augmenteraient automatiquement le nombre de personnes au bénéfice de ces subventions, sans résoudre d’une quelconque manière la problématique des coûts de la santé. Et si l’on met en place un système identique à l’échelle suisse, comme le préconise le Parti socialiste, la question de savoir qui financera toutes ces subventions restera ouverte.

Les contribuables vaudois, eux, ont déjà largement… contribué à la bonne santé descaisses de l’Etat. De 2005 à 2016, le total des revenus d’impôts a cru de 55% alors que le produit intérieur brut n’augmentait que de 38% pendant la même période, incitant ainsi largement le canton à la dépense. Quelques assujettis aisés ont décidé de mettre un terme à ce jeu de dupes en quittant tout simplement le territoire vaudois. D’autres vont certainement leur emboîter le pas si le canton ne fait rien pour réviser les impositions de la fortune et des revenus.

Et ce n’est pas en lançant quelques menues mesures sous forme de déductions que l’on parviendra à garder ces contribuables, ces dernières ne faisant qu’accroître les problèmes; c’est bel et bien en adaptant nos barèmes que nous y parviendrons. Rappelons que près de 30.000 contribuables rapportent à eux seuls plus de 1,3 milliard de francs au canton. Nous devons absolument les garder pour garantir l’équilibre futur de nos budgets.

* Directrice, Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie





 
 
 

AGEFI

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