Carouge: une marque «iconique» à la recherche d’un deuxième souffle

mardi, 28.05.2019

Xavier Comtesse*

Xavier Comtesse

Carouge la «bobo» s’endort. La ville sarde a vieilli prématurément. En son vieux centre, les boutiques des artisans indépendants sont à la peine. Seul les restaurants semblent donner de la voie sur les rues piétonnières. Étrange sentiment d’une fin d’époque.

Autrefois vibrante: l’artisanat, l’industrie, le commerce, les maraîchers, la restauration, etc, s’y côtoyaient dans un dédale hasardeux. On parlait de Carouge et de ses artisans mais aujourd’hui les arcades se ferment les unes après les autres souvent remplacées par des cabinets médicaux. La ville se médicalise en même temps que ses habitants prennent de l’âge.

Incapable de repenser son offre, la ville souffre d’une identité floue.

Il faut repenser la ville. Un moyen simple serait de s’inspirer de ses «icônes» carougeois tel que Christa de Carouge, Roger Pfund, Téo Jakob, Zep, Joël Dicker, etc. Leurs histoires, leurs lieux de vie, leurs produits composent dans un triptyque efficace la base de cette bonne «story» à raconter. Il faut donc des «marqueurs». Ils existent. Il suffit de s’en inspirer pour redonner vie à la Carouge des artisans.

Précisons encore un peu cette approche. Aujourd’hui, une ville se vit par une combinaison étroite entre ses lieux symboliques, ses personnalités hors du commun et ses produits qui font rêver: Titeuf et son école, Pfund et ses billets de banque, Téo Jakob et ses chaises, Christa de Carouge et ses vêtements amples, Dicker et la librairie de sa maman. Bref, le récit porte toujours sur une relation «iconique» entre objets-personnages et lieux.

Prenons un exemple qui permettrait de renouveler ce type de mythe, Carouge compte 12 bijoutiers. On pourrait à travers eux y faire revivre l’artisanat. Un concept comme les «nouveaux créatifs» ou les «nouveaux makers» permettrait d’inventer une catégorie de produits à forte valeur ajoutée liée à des stories mettant en lumière des créateurs de talent. Ainsi, les bijoutiers carougeois comme Igor Siebold ou la fille de Gilbert Albert pourraient réinventer l’esprit de création de Carouge. Ce n’est pas si compliqué. Regardez comment on raconte l’histoire de la bague Trinity de Cartier composée de trois anneaux en or distinct (gris, jaune et rose). Gros succès depuis près de 80 ans. Le design est épuré et le récit très puissant. On dit que Jean Cocteau en est le créateur. Elle symbolise un amour triangulaire.

Il portait volontiers deux bagues. Cela fait 6 anneaux! Toute une légende.

Ainsi à l’image de ces «marqueurs» historiques, on pourrait inventer une nouvelle histoire pour la bague «satellite» d’Igor Siebold. Son dada, c’est l’invention de nouvelles machines pour faire des bijoux, Dans sa boutique-atelier de Carouge, on y trouve de curieux engins: une forge, une fraiseuse, une polisseuse mais aussi un robot soudeur ultra moderne. Dans cette espace atelier, il n’y a guère de place pour exposer ses créations, ses bijoux. Les passants en oublient même de passer la porte pour acheter. Ils pensent que c’est un musée à machines. Une nouvelle mise en scène est nécessaire. Son robot laser à souder qui lui permet d’effectuer plus de 400 micro points de soudures par paire de boucle d’oreille de 4,2 gramme en titane. … Vrai succès technologique…

Carouge, c’est la nouvelle technologie artisanale. Voilà le début d’une histoire à raconter. Car une communication bien faite à l’heure du numérique est une communication par le récit: blogs, vidéo Youtube, photo Facebook, message instantané sur Instagram, etc… tout est de l’ordre de la story… encore faut-il savoir alimenter le tout.

* Mathématicien





 
 
 

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