Banques centrales: un soutien des marchés qui s’épuise

vendredi, 31.07.2020

Vincent Manuel*

Vincent Manuel

Entre le 23 mars et le 22 juillet, le S&P 500 a progressé de 40%, essentiellement sur la base d’un fort soutien de la politique économique et notamment de la politique monétaire. 

En baissant les taux courts et en pesant sur les taux longs par leur bilan (en hausse de 3000 milliards au niveau de la FED), les banques centrales ont permis une augmentation mécanique de la valorisation des actions qui semble aujourd’hui très élevée sous l’angle du ratio cours/bénéfices, mais qui demeure dans la mo­yenne sous l’angle de la prime de risque actions.

Cependant, les marchés ont probablement plus que joué ce facteur de soutien. Les investisseurs n’attendaient d’ailleurs pas grand-chose des réunions de la BCE et de la FED ce mois-ci. Une poursuite de la tendance haussière requiert désormais un relais par les fondamentaux alors que nous nous approchons d’une phase estivale souvent plus à risque pour les marchés, avec des volumes plus réduits au mois d’août. 

L’amélioration des indicateurs macroéconomiques depuis mi-mai avait de fait pris le relais des banques centrales et explique une grande partie de l’accélération des actions européennes depuis lors. La publication des PMI supérieurs aux attentes vendredi dernier s’inscrit dans cette dynamique qui touche peut-être à sa fin, dans la mesure où il sera difficile de surprendre positivement après une phase où le déconfinement a produit ses effets. C’est plutôt le phénomène inverse qu’il faut craindre aujourd’hui: une déception sur l’activité du troisième trimestre avec la remise en place de mesures de confinement ciblées, ce que reflète l’inflexion des surprises économiques US depuis mi-juillet.

La saison de résultats peut jouer le rôle de relais des facteurs de soutien macroéconomiques et monétaires. Le niveau des attentes de bénéfices pour le deuxième trimestre étant très dégradé, le pourcentage de sociétés dépassant les attentes s’élève à plus de 80% aux États-Unis, et les résultats publiés sont souvent 10 à 15% au-dessus des attentes. Toutefois, les publications des derniers jours montrent que les investisseurs attachent souvent plus d’importance aux perspectives pour le second semestre qu’à la qualité des chiffres du trimestre, caractérisés par des facteurs exceptionnels. Et ce sont parfois les valeurs préférées des investisseurs (luxe, santé, technologie) qui déçoivent, tandis que certaines cycliques surprennent sur la base d’attentes faibles. Ce qui est en soi un signe de vulnérabilité potentielle dans un marché dont l’essentiel de la hausse a reposé sur moins de 10 valeurs aux États-Unis.

Comme chaque été, il est probable qu’à la fin de la saison de résultats, l’actualité politique devienne l’élément déterminant des marchés. La résurgence des tensions entre la Chine et les États-Unis est de nature à recréer de la volatilité, et ce facteur s’amplifiera à mesure qu’approcheront les élections américaines. In fine, le niveau de correction pourrait rester modéré si seule la géopolitique vient peser dans l’équation. En revanche, la pandémie qui se poursuit aux États-Unis et reprend en Europe constitue un facteur de risque plus sérieux. En cas de deuxième vague et en attendant la mise sur le marché de vaccins, les banques centrales devront faire preuve d’imagination, tant elles donnent le sentiment d’avoir largement puisé dans leurs munitions.

* Group Chief Investment Officer, Indosuez Wealth Management





 
 
 

AGEFI

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