A nouveau pays, nouveau système de prévoyance

mercredi, 18.12.2019

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

La plupart du temps, lorsqu’on quitte son pays quand on est en âge de travailler pour tenter sa chance à l’étranger, on ne pense pas au niveau de vie qu’on aura à la retraite. Et pourtant, les bases de cet avenir se posent très tôt pendant la vie active.

Environ 8,5 millions de personnes vivent en Suisse, dont environ 2,18 millions (25%) sont des ressortissants étrangers. Sur le nombre, près de 70% vient d’un pays de l’UE/AELE. La plupart d’entre eux sont des ressortissants italiens, allemands et portugais.

Ces dernières années, comme dans de nombreux autres pays industrialisés, le financement des systèmes de prévoyance en Suisse a également été mis sous pression en raison du vieillissement rapide de la société. Ici aussi, l’allongement de l’espérance de vie et le faible taux de natalité provoquent un déséquilibre croissant entre la population active et les retraités. 

Cette situation est aggravée par le fait que l’environnement actuel des placements ne permet pas d’escompter des rendements élevés. Il se pourrait ainsi que le niveau actuel des rentes soit à peine maintenu pour les générations futures. Quiconque s’occupe donc en amont de sa situation financière pour la retraite est bien avisé. 

Les trois piliers

La structure de la prévoyance vieillesse suisse est composée de trois piliers: la prévoyance étatique (AVS), la prévoyance professionnelle (LPP) et le troisième pilier, la prévoyance privée. Les contributions versées dans le 1er pilier ne peuvent être payées rétroactivement que pendant cinq ans. Et ce uniquement si la personne a été assurée en Suisse pendant cette période. C’est rarement le cas pour les immigrants, ce qui réduit par conséquent les rentes AVS à percevoir. 

En revanche, la rente dans le 2e pilier peut être améliorée rétroactivement par des rachats fiscalement avantageux. Il faut toutefois mettre un bémol: sans avoir été affilié au système suisse d’assurance sociale, le rachat dans la prévoyance professionnelle est limité à 20% au maximum du salaire assuré par an, pendant les cinq premières années. Cela évite les déductions fiscales excessives pour les personnes qui ne restent éventuellement que quelques années en Suisse. 

Un rachat a posteriori dans le 3e pilier est impossible selon la législation actuelle, pour les Suisses comme pour les étrangers. Pendant leur vie active en Suisse, immigrants et Confédérés peuvent faire usage du 3e pilier de la même manière. Grâce aux avantages fiscaux qu’il procure, il offre la possibilité d’accumuler un capital de prévoyance à titre privé.

Départ de Suisse 

Si l’immigrant quitte définitivement la Suisse, sa rente issue du 1er pilier lui est versée au moment de son départ à la retraite, à condition que la Suisse ait conclu un accord d’assurance sociale avec le pays de destination concerné. En revanche, pour le 2e pilier, à la retraite, on peut choisir de percevoir une rente ou de prendre le capital vieillesse. 

Selon le pays de destination, il se peut néanmoins que seule la part surobligatoire soit disponible par anticipation, alors que la part obligatoire reste détenue par la fondation de libre passage jusqu’à l’âge officiel de la retraite. L’avoir 3a doit être retiré dans son intégralité. En Suisse, tout retrait de capital est soumis au prélèvement à la source. 

La charge fiscale des capitaux de prévoyance peut différer dans le pays de destination, selon que les deux pays ont ou non conclu une convention de double imposition. Sans un tel accord, le capital de prévoyance risque d’être taxé dans les deux pays. Par conséquent, il est bon de s’informer avant le départ éventuel. D’une manière générale: s’occuper assez tôt de sa situation financière à la retraite permet d’obtenir un conseil de qualité, que l’on soit Suisse ou immigrant.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS





 
 
 

AGEFI

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