La médecine prédictive issue des algorithmes auto-apprenants

jeudi, 02.05.2019

Xavier Comtesse* et Yann Bocchi**

Xavier Comtesse

IBM Watson Health est une unité de l’entreprise IBM spécialisée dans l’intelligence artificielle pour la médecine. Que ce soit pour découvrir de nouveaux médicaments ou l’analyse d’images notamment en radiologie ou encore les protocoles en oncologie, Watson agrandit chaque jour son empire médical en développant de nouvelles applications. Watson Health est installé à Boston en face du MIT. Visite avec vingt entreprises de Suisse romande à la recherche du futur (voir notre rubrique de la semaine dernière).

Saturé d’algorithmes auto-apprenants (deep learning), cet outil informatique est d’une grande utilité à l’aide au diagnostic pour les médecins qui y ont accès. La compagnie a déjà conclu des contrats de développement avec plus d’une centaine d’hôpitaux aux Etats-Unis, dont la fameuse Cleveland Clinic. L’idée étant que Watson s’attaque, en collaboration étroite avec des professionnels, aux divers aspects de la médecine. Le noyau informatique est au départ le même, puis il évolue selon les tâches à accomplir. Chaque fois, la «machine» est capable d’apprendre des situations nouvelles qui lui sont présentées et perfectionne son raisonnement pour produire des jugements de plus en plus «intelligents». Ainsi, en multipliant les partenariats et les expériences, Watson s’améliore.

De ce fait, il devient clair qu’une branche nouvelle dans le domaine de la santé va s’ouvrir: on pourrait la qualifier de «deep health» par analogie à «deep learning». C’est tout simplement la médecine prédictive issue des algorithmes auto-apprenants.

Le champ d’investigation est immense et n’a pas d’autres limites que notre imagination. Par exemple, d’un point de vue scientifique, on ne connaît pas très bien les liens entre comportements et santé, qui sont pourtant essentiels. Voilà qui pourrait être un champ de recherche ouvert à l’usage des données issues du big data et du «deep learning».

C’est sans doute dans le comportemental (le behaviour des Anglo-Saxons) que la médecine prédictive s’exprimera le mieux. En effet, la force de ces technologies comme le big data permet d’abord d’exploiter des données non-structurées propres aux comportements humains, souvent imprévisibles et chaotiques. Derrière de multiples comportements se cachent les symptômes annonciateurs de nombreuses maladies. Songeons ici à la maladie de Parkinson ou à celle d’Alzheimer: ces deux maladies qui se développent avec le vieillissement de la population sont repérables de manière extrêmement précoce par d’infimes changements de comportements. Ceci est sans doute vrai pour bon nombre d’autres maladies. Encore faut-il disposer des outils de repérage...

On va ainsi vers une médecine augmentée des capacités de l’intelligence artificielle (IA). C’est cette leçon qu’il faut retenir: l’homme va augmenter très fortement ces «skills» dans toute sorte de domaines pour devenir une sorte de «sur-homme» tant décrit par la science-fiction. On pensait souvent aux robots pour remplacer l’homme et bien non ce sera un homme augmenté notre avenir! Plus d’artefacts physique pour augmenter ses capacités comme la vitesse avec les voitures, nager avec les bateaux, voler avec les avions, mais bien des capacités intellectuelles. On va vers une sorte «d’exosquelette» du cerveau!

* Mathématicien
** Professeur, Institut des systèmes d’information à la HES-SO Valais-Wallis





 
 
 

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