«Game Changers»

mardi, 10.09.2019

Xavier Comtesse*

Xavier Comtesse

Si la transition numérique est une révolution alors il doit y avoir des révolutionnaires. Dans cette optique, trois groupes d’acteurs se détachent très nettement: les GAFA (mais aussi les BATX), les «licornes» et la communauté des développeurs (data scientists et IA geek). 

Bien sûr que toutes les autres entreprises et notamment les start-up sont elles aussi concernées par la transition numérique mais certainement pas avec la même amplitude que ces trois groupes. 

Faisons la preuve de cette hypothèse.

D’abord les GAFA (+BATX) c’est-à-dire Google, Apple, Facebook, Amazon et les chinois de Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi, auquel il faudrait sans doute ajouter Microsoft, IBM et Huawei. Elles ont toutes en commun d’être des entreprises du numérique ayant maîtrisé les «Big Data» avant tout le monde et effectuant en ce moment de colossaux investissement dans l’intelligence artificielle. Bien connu des suisses, les GAFA semblent faire la loi dans le numérique. C’est oublié un peu vite la force des chinois avec Alibaba et ses 420 millions de clients, Tencent et son milliard d’utilisateurs de sa messagerie WeChat. Baidu, le «Google» chinois. Les smartphones de Xiaomi et la 5G de Huawei. La guerre entre la Chine et les USA n’est pas qu’économique, elle est avant tout technologique. Le vainqueur n’est pas encore désigné car l’IA sera l’arbitre de cette lutte pour la domination du monde technologique. 

Les licornes

Les licornes sont des start-up valorisées à plus d’un milliard. Elles sont près de 500 aujourd’hui (le journal Le Monde du 24.2.2019 en dénombrait 315). Leur histoire est récente La première licorne française: BlablaCar date de 2015 et la suissesse Mindmaze le devient en 2016. Aux Etats-Unis, on les appelait les NATU (Netflix, AirBnB, Tesla et Uber) parce qu’elles perdaient des sommes faramineuses avant de devenir éventuellement rentables. Elles avaient été surcapitalisées dès leur naissance, ce qui leur a permis de tenir si longtemps sans dégager de profit. Impensable il y a encore quelques décennies, ce modèle est aujourd’hui comme on vient de le voir fréquent. Cette surcapacité financière leur a donné un tel avantage concurrentiel qu’elles ont pu changer la «donne» (Game Changer) de leur secteur économique. C’est le secret du changement numérique: il faut durer pour imposer un produit disruptif car les clients prennent toujours leur temps pour adopter de nouvelles pratiques. 

La culture dev

Les particularités de ces «tech geek» c’est qu’ils travaillent souvent de manière ouverte (open software), en réseaux internationaux et avec plusieurs langages informatiques. Ils assemblent des paquets de codes plus qu’ils ne les programment. Il ne faut pas les confondre avec des programmeurs qui copient le savoir-faire métier des professionnels … pas du tout… ils réinventent le monde. Les développeurs d’Uber  n’ont par exemple jamais essayé de copier le métier de chauffeur de taxi … ils l’ont réinventé et n’ont pensé qu’à l’expérience client (UX). En fait, ces développeurs ont la prétention de réécrire toute chose… c’est en cela qu’ils développent une culture qui leur est propre. Ils sont somme toute dangereux comme tout révolutionnaire qui se respecte.

* Mathématicien





 
 
 

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