Michel Girardin sur la gestion de fortune robotisée

13.05.2015: interview de Michel Girardin, Université de Genève, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV

Vers une gestion de fortune robotisée

L'Agefi, 14.05.2015

Michel Girardin. Arrivée de la fintech dans le private banking. Il y a encore de grands progrès à faire dans l'automation du conseil en investissement.

"Si vous partagez la conviction du professeur Burton Malkiel - auteur du Bestseller A Random Walk Down Wall Street -,  qu’il n’existe pas de fonds de placement qui surperforme durablement son indice de référence, les conseillers-robots sont faits pour vous" nous explique Michel Girardin, professeur de macroéconomie à l'Université de Genève.

Après les paiements mobiles, le trading online et la finance participative, c'est au tour de la gestion de fortune robotisée de faire son apparition sur l'internet. Michel Girardin s'est penché sur le rôle de la fintech dans le conseil en matière d'investissement, en regardant de plus près le fonctionnement de la plateforme Wealthfront (dont le responsable des investissements est justement Burton Malkiel). Et en y faisant quelques découvertes inattendues.

Quelques questions, quelques réponses, et vous obtiendrez votre plan d'investissement "personnalisé". Toutefois, le premier écran, celui de vos objectifs d'investissement, vous réserve déjà une incongruité. Celle de pouvoir sélectionner l'option "Je voudrais égaler ou battre la performance des marchés". Si les marchés financiers sont parfaitement efficients, comme l'affirme le chantre de la gestion passive qu'est Burton Malkiel, pourquoi faire miroiter des performances supérieures à celles des marchés? Ou encore "Comment peut-on battre le marché si on utilise des fonds indiciels qui ne font que le répliquer?" observe Michel Girardin.

Mais les surprises ne s'arrêtent pas là. «Cherchez-vous à maximiser les gains ou à minimiser les pertes?». Michel Girardin a opté pour une réponse de Normand: «Les deux». Le robot lui propose de placer deux tiers de sa fortune dans les marchés actions, dont une moitié sur la Bourse américaine, et le reste en obligations gouvernementales. "Pour une allocation d’actifs de père de famille pour qui les pertes comptent autant que les gains, voilà qui est plutôt dynamique comme exposition au risque. Très dynamique même si on tient compte du fait que l’insatisfaction de perdre 10% de sa fortune dépasse, en valeur absolue, le plaisir d’un gain de la même proportion".  Autre bizarrerie, l'allocation se modifie en fonction de l'âge et du montant de la fortune. Certes, tout conseiller en investissement sait que l'appétit pour le risque est fonction du montant du portefeuille et de l'âge mais, théoriquement en univers parfaitement efficient, l'allocation ne devrait tenir compte que de la volatilité des marchés.

Le robot pratique en fait une forme simplifiée de smart beta où il s’agit de donner une orientation spécifique à l’exposition au risque, en l’occurrence au style growth. Sauf que le pari est ici stratégique et non pas tactique, comme il se doit. En l’occurrence, Michel Girardin n'est pas certain que son ami le robot "sache à quel moment il s’agit de quitter les titres de croissance pour rentrer dans les valeurs de substance, propres au style value".  

Quels que soient vos paramètres, vous terminerez avec une dose plus que confortable de fonds Vanguard … société de gestion où Burton Malkiel a passé près de 30 ans.

Bref, il y a encore quelques progrès à faire. Surtout si vous êtes un investisseur international et que l'optimisation de la fiscalité "à l'américaine", seule option offerte par la plateforme, ne vous satisfait pas.

"Quoi qu’il en soit, la fintech est bienvenue dans le monde de l'investissement" conclut Michel Girardin qui estime que, pour des investisseurs privilégiant le prêt à porter au sur-mesure pour des raisons de coûts, le conseil en investissement robotisé est une possibilité à surveiller.

La place financière suisse n’est pas en avance dans le domaine des nouvelles technologies financières, même si la volonté de combler le retard est manifeste. L’Université de Genève organisera après l’été une grande conférence sur la fintech, à l’occasion du lancement de Fusion, le premier incubateur fintech de Suisse: une belle ouverture et diversification pour le capital-risque helvétique, dont près de 80% est investi dans les sciences de la vie. C’est bien évidemment dans la Silicon Valley que la branche se développe à grande vitesse, mais New York et Londres ne sont pas en reste. Il faut savoir que l’Angleterre compte plus de 135’000 spécialistes des technologies financières et que ce chiffre dépasse… l’ensemble des employés du secteur bancaire en Suisse.

 

 

 

CV

Michel Girardin

Professeur en macroéconomie à l’Université de Genève, Michel Girardin a une expérience de plus de 25 ans comme chef-économiste et stratégiste dans le secteur bancaire suisse. Il est conseiller économique indépendant pour la société de Gestion de fortune GADD & Cie à Genève.

Company Key facts

Université de Genève

Créée en 1559 par Jean Calvin comme séminaire de théologie et école de droit, l'Université de Genève est la seconde de Suisse pour le nombre d'étudiants. En 2009, elle fêtait le 450e anniversaire de sa fondation.

Télécharger la page en PDF

 

...