David Elzinga de la CEE-ONU sur la transition énergétique

05.06.2015: interview de David Elzinga, CEE-ONU, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV

A l'approche d'une échéance cruciale

L'Agefi, 05.06.2015

 

CEE-ONU. Le statu quo ne répond que très insuffisamment aux exigences de réduction du CO2. Seule l’innovation permettra de limiter le réchauffement.

La 21e conférence sur le climat des Nations-Unies (Paris 2015) se tiendra du 30 novembre au 11 décembre.  "Une échéance cruciale, puisqu’elle doit aboutir à un nouvel accord international sur le climat, applicable à tous les pays, dans l’objectif de maintenir le réchauffement mondial en deçà de 2°C". Où en sommes-nous en matière de transition énergétique? Comment mobilier l'innovation pour répondre aux défis climatiques? Fraichement arrivé de l'Agence internationale de l'énergie dont il dirigeait la publication annuelle phare, Energy Technology Perspectives, David Elzinga est expert à la Division de l'énergie durable de la Commission économique des Nations Unies pour l'Europe (CEE-ONU). Entretien.

De quelle manière les différents efforts contribueront ils à la réduction de CO2?

L'innovation répond déjà partiellement aux exigences de réduction mais l'effort doit se renforcer. Sur la base des tendances actuelles, l'amélioration de l'efficience de la consommation de carburant et d'électricité apportera la contribution la plus importante à la réduction de CO2 avec une part d'environ 38%. Suivie par l'adoption de la production d'énergie par les renouvelables (30%), et le piégeage du carbone. Les substitutions de carburant et le nucléaire ne contribueront que respectivement de 10 et 8%. Pour ce dernier, la progression se fera essentiellement dans les pays émergents car plusieurs pays développés ont choisi de renoncer à cette option depuis Fukushima.

La lancée actuelle suffira-t-elle?

Les efforts doivent être beaucoup plus ambitieux. Nous avons défini trois scénarios et seul celui que nous appelons 2DS permet d'envisager d'atteindre les objectifs à l'horizon 2050. Il faut compléter les améliorations dues à l'efficience de la consommation par des efforts importants de réduction du CO2. Ce que nous appelons la décarbonisation. Notez que jusqu'à aujourd'hui, croissance économique signifiait croissance des émissions de CO2. Il va falloir apprendre à les découpler et à mener une croissance économique accompagnée d'une réduction des gaz à effet de serre. Le déploiement des énergies propres ne monte pas en puissance suffisamment vite.  Certaines innovations essentielles stagnent: nucléaire, technologies propres dans les centrales électriques à charbon, efficience des logements. Les consommateurs choisissent encore trop largement leur habitat sur des critères esthétiques ou pratiques, pas suffisamment sur des considérations d'efficience.  De plus, les états doivent mettre en place les politiques appropriées mêlant  obligation d’efficacité énergétique pour les nouveaux bâtiments et incitations à la rénovation dans l’ancien. C’est l’un des axes de travail  de la CEE-ONU en matière de logement. Aucun des progrès actuels n'est réellement en ligne avec notre scénario 2DS.

Quelle est la part des différentes origines dans la production d’énergie?

Aujourd'hui les combustibles fossiles représentent 80% de la production primaire d’énergie et près de 70% de la production électrique. En 2050, si le scenario le plus ambitieux (2DS) est respecté les renouvelables représenteront 63% de la génération électrique mais les combustibles seront toujours présents pour 45% de la production d’énergie primaire. Ils ne disparaitront pas à cet horizon. Il faut donc travailler à éliminer leurs émissions nocives. A décarboniser.

Le piégeage du dioxyde de carbone dont la CEE-ONU s'est faite le champion, est l'une des solutions. Où en est-il?

La première centrale électrique à charbon dotée d'un système de captage du CO2    pleinement opérationnelle à ouvert à Boundary Dam au Canada en 2014 et d'autres systèmes ont été déployés depuis 1972.  Malgré un accroissement de l'investissement public et privé, il est exact que cette technologie, indispensable, a pris beaucoup de retard. Ce qu'il faut savoir est, qu'à terme, la réutilisation du CO2 (dans l'exploration pétrolière par exemple) sera limitée. Il faudra donc le stocker de manière permanente.

Vous affirmez que l'innovation technologique peut rendre les énergies renouvelables viables. Et prenez comme exemple l'Allemagne.

Les Etats-Unis, le Japon et l'Allemagne ont été à la pointe de l'innovation photovoltaïque au cours des 40 dernières années. Il est évident qu'au fur et à mesure que la capacité installée augmente, le coût baisse et la compétitivité s'accroit. En 2005, le coût de l'électricité solaire allemande se situait entre 40 et  50 centimes de dollar le kWh. Avec une capacité de 9GW, ce coût est tombé en 2014 juste au-dessus de  11,5 centimes le kWh. Et encore, l'Allemagne a porté seule la charge de l'investissement. S'il avait été partagé avec tous ceux qui en ont bénéficié, le rapport bénéfice/coût serait bien supérieur.

Les investissements en recherche et développement énergétique des pays membres de l'Agence Internationale de l'Energie ont fléchi en termes relatifs depuis les années 1980. N'est-ce pas surprenant au moment où ils seraient le plus nécessaire?

Ces investissements ont cru en absolu mais effectivement fléchi en termes relatifs vis-à-vis de l'ensemble des investissements en R&D. C'est principalement la part de la recherche dans le nucléaire qui a décru. Celles consacrées aux renouvelables et aux efficiences de consommation ont augmenté mais sans compenser. Ces investissements reprennent et l'on s'attend à de grosses dépenses de la part de la Chine dont le budget R&D est en train de s'envoler (sans que l'on sache à l'heure actuelle quelle sera la part de la recherche sur l'énergie). Deux points sont essentiels. Conduire la bonne stratégie au bon moment et maintenir l'effort une fois qu'une innovation est mise en œuvre. Le processus recherche, développement, implémentation n'est pas linéaire mais itératif. La recherche se nourrit des enseignements de l'expérience pratique.

 

 

CV

David Elzinga

David Elzinga est un expert travaillant à la Division de l'énergie durable de la Commission économique des Nations Unies pour l'Europe (CEE-ONU).  Son travail porte sur le rôle du gaz et de l'électricité dans les futurs systèmes énergétiques intégrés de la région. Avant de rejoindre l'ONU, David était analyste senior des technologies de l’énergie et le leader de la publication annuelle phare de l'Agence internationale de l'énergie - Energy Technology Perspectives (ETP), qui regroupe les contributions de 30 analystes.  L'édition 2014 a porté sur le rôle de plus en plus essentiel de l'électricité dans les systèmes mondiaux de l'énergie. L'édition 2015 est centrée sur la façon de mobiliser l'innovation pour accélérer l'action contre le changement climatique. En plus de ce rôle, il a dirigé les travaux de l'AIE sur les technologies des systèmes d'électricité, tels que les Smart Grids, la modélisation des systèmes, l'analyse des technologies et des politiques énergétiques. David a travaillé dans les domaines de l'énergie et du climat pendant plus de 15 ans, en se spécialisant sur la technologie, l'analyse et les recommandations de politique énergétique, dans les secteurs public et privé. Il a développé des marchés, déployé des technologies d’efficacité énergétiques et d’énergie renouvelables et conseillé divers gouvernements aux niveaux local et national en matière de politique énergétique - à la fois dans les pays développés et en développement. Intervenant fréquemment lors de conférences internationales, son message porte toujours sur l'utilisation et le déploiement des technologies les plus appropriées.

Company Key facts

CEE-ONU

La CEE-ONU est l’une des cinq commissions régionales des Nations Unies, mais nombre de ses conventions, normes et standards ont une portée internationale. L’objectif majeur de la CEE-ONU est de promouvoir l'intégration et la coopération économique paneuropéenne entre ses 56 Etats membres. En tant que plateforme multilatérale, la CEE-ONU promeut le développement durable à travers : la discussion de politiques publiques, la négociation d’instruments juridiques  internationaux, le développement de régulations et normes, l’échange et la mise en application de meilleures pratiques et d’expertise technique, la coopération technique pour les pays à  économie en transition.
Le travail de la CEE-ONU dans le domaine de l’énergie a pour but d’améliorer l’accès à une énergie propre et abordable pour tous en aidant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et l’empreinte carbone du secteur de l’énergie dans la région. Il encourage la discussion des politiques publiques à l’échelle internationale entre gouvernements, industries de l’énergie et autres parties prenantes. Il se concentre sur l’efficacité énergétique, l’utilisation de technologies plus propres pour la production d’électricité à partir d’énergies fossiles, l’énergie renouvelable, le méthane issu des mines de charbon, le gaz naturel, la classification-cadre pour l’énergie fossile et les ressources et réserves minérales, et la sécurité énergétique

01-Contribution to CO2 reduction
02-The German example
03-CCS
04-IEA R&D expenses

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