François Savary de Reyl sur la hausse des taux américains

01.07.2015: interview de Franços Savary, Banque Reyl accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV

Normalisation des taux américains

L'Agefi, 01.07.2015

Une hausse des taux américains serait un moindre mal. Le bilan de la Fed doit être allégé mais quand le sera-t-il?

François Savary*

Alors que nous sommes tout juste entrés dans les chaleurs estivales, les opérateurs financiers ont déjà leurs yeux fixés sur l’automne. La question de la normalisation des taux d’intérêt américains est déjà dans tous les esprits. Si les investisseurs restent convaincus, dans leur majorité, que la Réserve Fédérale américaine ne relèvera pas ses taux d’intérêt avant le mois de décembre 2015, une action nous semble toujours probable dès le mois de septembre.

La question de la hausse des taux américains est importante à plusieurs égards. D’abord parce qu’il s’agira du premier relèvement depuis huit ans ! Ensuite ce changement de cap de la politique monétaire constituerait la meilleure preuve que nous sommes enfin entrés dans la seconde phase du cycle économique et financier qui a débuté en 2009.

Le relèvement des taux américains constituera néanmoins une plongée dans l’inconnu. En effet, alors que la mise en œuvre de politiques monétaires non conventionnelles constituait une nouveauté en 2008, les dernières années nous ont habitués à vivre avec les effets qu’une injection massive de liquidités dans le système implique. En revanche, nul ne connait les conséquences du renversement de telles politiques, puisque les Etats-Unis seront les premiers à le mettre en œuvre. Au-delà de la décision d’augmenter le coût de l’argent se posera inévitablement la question de savoir quand la Réserve Fédérale entend réduire la taille de son bilan qui, rappelons-le, a atteint plus de 4.5 trillions de dollars contre 800 millions avant la crise. Les conséquences qu’un tel allègement du bilan sur la confiance des opérateurs sont incertaines. Les banquiers centraux navigueront à vue, sachant qu’ils ne pourront de toute façon pas faire l’économie, à un moment ou un autre, de la vente des actifs accumulés depuis huit ans.

La dernière inconnue a trait au comportement des actifs financiers et des actions en particulier. Nombreux sont ceux qui craignent que la hausse des taux ne favorise une correction sur la bourse américaine, à un moment où son évaluation est loin d’être bon marché. A cet égard, certaines études tendent à démontrer que le relèvement des taux n’est pas un frein à la progression des bourses, tout au moins dans la phase initiale du changement de cap monétaire par la Réserve Fédérale. C’est davantage dans le semestre précédant l’action de cette dernière que les actions tendent à être vulnérables. La faible performance des titres américains en 2015 est peut-être une nouvelle confirmation de ce comportement historique de la bourse face au changement d’orientation de la politique monétaire. A priori, la hausse des taux que nous entrevoyons ne constitue pas une raison de craindre un « bear market », d’autant plus que le processus de normalisation des taux devrait rester graduel. En un mot comme en cent, l’inconnue du changement de cap monétaire aux Etats-Unis est davantage liée au fait que personne n’a jamais eu à gérer sa mise en œuvre dans le cadre global des politiques non conventionnelles plutôt qu’à son impact sur les cours boursiers.

Gérer la sortie des politiques monétaires non conventionnelles a toujours été un risque que nous avons mis en avant. On peut penser que les grands argentiers américains ont longuement réfléchi à comment conduire ce processus peu aisé. Ce qui ne veut pas dire que les erreurs ne sont pas possibles ! Dans ce contexte, la normalisation de la politique américaine est une nécessité ne serait-ce que pour tester la réaction des opérateurs financiers.

La hausse des taux ne doit pas être crainte outre mesure. Le pire de scénarios est autre : la nécessité pour la Réserve Fédérale de procéder à un ajustement quantitatif supplémentaire. Une telle décision serait induite par un nouveau fléchissement de la conjoncture américaine. A un moment où le Japon et l’Europe ont enfin engagé des politiques monétaires non conventionnelles qui ont largement nourri les performances boursières, un QE4 américain pourrait s’avérer un « coup » terrible. En confirmant que les injections de liquidités sont incapables de relancer la machine économique de manière durable et en mettant en exergue les limites de la politique monétaire, un QE4 américain laisserait le monde sans pilote, compte tenu du rôle déterminant que les banquiers centraux ont acquis depuis quelques années.

En conclusion, une hausse des taux américains en septembre 2015 est porteuse d’incertitudes mais elle ne constitue pas une raison de craindre des conséquences négatives majeures pour les bourses. Nous préférons nettement cette perspective que celle d’un nouvel ajustement quantitatif outre-Atlantique qui serait le pire des aveux d’impuissance.

* Banque Reyl

CV

François Savary

Economiste et analyste financier, François Savary dirige le département d'analyse financière à l'origine des stratégies d'investissement de REYL & CIE. Chief Investment Officer de Darier Hentsch & Cie puis Chief Investment Strategist de Deutsche Bank (Suisse), François Savary a mené dès 2001 une activité de conseil indépendant en stratégie et en analyse. En 2006, il a dirigé les publications du quotidien L'Agefi. Depuis 1992, François Savary enseigne au sein de l'Institut Supérieur de Formation Bancaire. Il a rejoint REYL & CIE en 2007. François Savary est licencié de l'Institut des Hautes Etudes Internationales de Genève. Il a également suivi le programme de doctorat en Economie Internationale de l'Institut.

Company Key facts

Groupe Reyl

Groupe bancaire familial et indépendant basé à Genève avec des bureaux à Zurich, Lugano, Paris, Londres, Luxembourg, Singapour et Hong Kong, le Groupe Reyl gère CHF 10,7 milliards de francs d’actifs et emploie plus de 167 collaborateurs (chiffres au 31.12.2014). Développant une approche résolument moderne du métier de banquier, le Groupe accompagne une clientèle d’entrepreneurs internationaux et d’investisseurs institutionnels par le biais de quatre lignes d’activités: Wealth Management, Private Office, Corporate Advisory et Asset Management. Fondé en 1973, Reyl & Cie bénéficie en Suisse du statut bancaire et exerce son activité sous le contrôle direct de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés (FINMA) et de la Banque Nationale Suisse (BNS). Les filiales du Groupe Reyl sont par ailleurs réglementées par la LPCC en Suisse, l’AMF en France, la FCA en Royaume-Uni, la CSSF au Luxembourg, la MAS à Singapour et la SEC aux Etats-Unis.

Télécharger la page en PDF

 

...