Vincent Juvyns de J.P. Morgan AM sur les perspectives 2016

18.1.2016: interview de Vincent Juvyns, JP Morgan Asset Management, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


Petit tour du monde en cinq questions

L'Agefi, 19.01.2016

J.P. Morgan AM. La croissance mondiale reste modeste mais demeure un certain potentiel. Tant aux Etats-Unis qu'en Europe.

Effondrement du pétrole, incertitudes sur la Chine, problèmes institutionnels dans l'Union européenne, croissance molle aux Etats-Unis? Tout n'est pas si sombre selon Vincent Juvyns de J.P. Morgan Asset Management qui se montre raisonnablement optimiste sur les perspectives 2016.  Petit tour du monde en cinq questions.

Commençons par le pétrole. Il est au plus bas et on entend beaucoup de fausses vérités sur les causes de cet effondrement.

Contrairement à ce que l'on entend souvent, l'effondrement de ce cours n'a pas grand'chose à voir avec une baisse de la demande chinoise. En volume, les importations chinoises de pétrole ont grimpé de 8,8% en 2015, à 335 millions de tonnes (environ 6,7 millions de barils/jour). Un niveau record. En réalité, nous assistons à un choc de l'offre, et non de la demande, attisé par la politique de l'Arabie saoudite qui cherche à étendre ses parts de marché. L'excédent n'est pas près de se résorber avec le retour sur le marché international de deux acteurs de poids: les Etats-Unis qui ont levé l'interdiction d'exporter en fin d'année dernière et l'Iran pour lequel les sanctions ont été levées cette semaine. Quoi qu'il en soit, l'effondrement du cours du pétrole est une aubaine pour certains. Surtout pour l'Europe.

La croissance mondiale reste modeste mais il existe selon vous un certain potentiel. Lequel?

Il est certain que 2015 s'est montré décevant. Attendue à 3,6%, la croissance s'est située au-dessous de 3%. Tant la Banque mondiale que le FMI ont déjà revu leurs prévisions 2016 à la baisse. J'estime toutefois que le transfert de richesse qui s'est opéré des pays émergents vers les pays développés par le biais de la chute des prix pétroliers, devrait être plus perceptible en 2016, par voie d'une consommation plus soutenue en Europe et aux Etats-Unis. Il ne me parait pas en outre utile de s'alarmer sur la baisse du taux de croissance chinois. Avec près de 7% aujourd'hui, la Chine contribue autant à la dynamique mondiale qu'elle ne le faisait avec 14% de croissance en 2008. Il est important de mettre en exergue l'effet de base: même à 6% de croissance, la Chine continuerait à générer chaque année, à la marge, l'équivalent du PIB de la Suisse. Ce qui est plus préoccupant, et qui mène aux révisions continuelles à la baisse du FMI est la faible croissance de la productivité tant dans les pays développés que dans les pays émergents.

La croissance aux Etats-Unis n'est-elle pas décevante depuis un an?

Décevante? Je pense qu'il faut nuancer. Il existe effectivement un certain nombre de facteurs (vieillissement de la population, affaiblissement de la productivité) qui viennent peser sur le potentiel de croissance. Les Etats-Unis y sont confrontés comme d'autres mais toutefois dans une moindre mesure. A 5%, le taux de chômage est au plus bas vis-à-vis d'une moyenne historique à 6,5%. La consommation est bien repartie avec plus de 18 millions de véhicules vendus et plus d'un million de mise en chantier de constructions. Il est vrai que certains signaux de marché suggèrent une fin de cycle (gros volumes de fusions/acquisitions, marges des entreprises en baisse, taux de défaut en hausse) et encouragent des prédictions à la Georges Soros qui anticipe une entrée en récession. Il me parait toutefois que certaines variables économiques plaident pour que les Etats-Unis continuent à afficher une croissance décente en 2016. Leur force vient de leur consommation qui représente 70% du PIB et qui ne sera pas affectée par un dollar fort. Le patrimoine net des ménages américains demeure à un plus haut historique (même s'il s'est un peu amoindri récemment). Pour ce qui est des hausses de taux de la Fed, elles affecteront relativement peu les ménages de manière négative. En premier lieu parce que 71% des hypothèques sont à taux fixe et que le service de la dette restera historiquement faible. Ensuite parce que les ménages bénéficieront d'un rendement supérieur sur leur épargne qui représente environ 80% du PIB.

L'UE souffre actuellement de problèmes institutionnels qui pourraient menacer sa cohésion. Quel impact sur son économie?

L'UE est sans aucun doute mise au défi. Crise des migrants, remise en cause des frontières de Schengen, différend avec la Pologne ou Brexit, jamais l'intégrité de l'Europe n'a été soumise à autant de pressions de l'avis même de Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne. C'est un point d'attention important mais à plus court terme, l'Europe est capable de générer une croissance en 2016. La demande domestique continuera à soutenir cette croissance: 13 millions de véhicules vendus l'an dernier, des ventes au détail bien orientées, une croissance des agrégats monétaires bien corrélée avec le PIB accompagnée du soutien de la BCE. L'Allemagne annonçait d'ailleurs, la semaine dernière, une croissance de 1,7% sur 2015. Soulignons aussi que la périphérie, un peu à la traîne ces dernières années, est maintenant tout à fait à l'avant-plan. L'Irlande devrait afficher une croissance supérieure à la Chine cette année! Tout ceci devrait permettre à l'Europe dans un contexte d'euro faible et de prix du pétrole bas de bien performer en 2016. Plus particulièrement sur les petites et moyennes capitalisations ou sur le secteur financier.

Reste le pessimisme vis-à-vis de la Chine et des matières premières.

Comme je l'ai dit plus tôt, inutile de noircir le tableau. Avec une croissance de l'ordre de 6,9% selon les chiffres annoncés mardi, la Chine demeure l'un des principaux contributeurs à la croissance mondiale et il est évident qu'elle est en train de réussir son virage économique vers la consommation domestique et l'essor du secteur tertiaire. D'après la Banque Mondiale, la Chine est depuis 2014 le deuxième pays le plus important sur le marché des services, derrière les Etats-Unis. Si les résultats manufacturiers ont été plus faibles qu'attendus en 2015, il ne faut pas oublier qu'une partie de la réduction est due à des arrêts de production causés par la nécessité de contenir la pollution dans la zone de Pékin et de Shenzhen. Il ne faut pas non plus oublier que le 13e plan quinquennal prévoit des projets d'infrastructure pour un montant de 1800 milliards de renminbi (qui auront un effet significatif sur les matières premières) et que les réserves obligatoires des banques chinoises sont de 17,5%,  laissant une place importante à une capacité de crédit supplémentaire. Dans l'éventualité où ces réserves sont baissées à 15,5%, 600 milliards de dollars additionnels seraient dégagés. Sur l'immobilier, l'apport personnel a été réduit de 30 à 25% ce qui devrait stimuler la construction. Pour ce qui est de la dépréciation du yuan, il ne faut pas oublier qu'elle ne se manifeste que par rapport au dollar. Le gouvernement chinois a d'ailleurs décidé le 11 décembre dernier de ne plus mesurer sa devise en référence au seul dollar mais à un panier de devises (CFETS). Ajoutons encore que l'entrée du yuan dans les droits de tirage spéciaux  (DTS) du FMI va engendrer une demande supplémentaire de la devise chinoise qui soutiendra le cours. A mon sens, il n'y a que de bonnes surprises à attendre de la Chine.

CV

Vincent Juvyns

Vincent Juvyns a rejoint l’équipe de J.P. Morgan Asset Management en 2013. Stratégiste sur les marchés mondiaux pour la Romandie, le Benelux et la France. Anciennement analyste au sein du groupe multi-actifs d’ING Investment Management. Titulaire d’un master en gestion de l’entreprise et en finance de l’lCHEC de Bruxelles.

Company Key facts

J.P. Morgan Asset Management

J.P. Morgan Asset Management fait partie du pôle de gestion d’actifs et de fortune du groupe JPMorgan Chase & Co, l’un des plus grands établissements de services financiers au monde. Ses encours atteignent 1'700 milliards de dollars au 30 septembre 2015. La société est présente dans de nombreux pays et emploie environ un millier d'experts.

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