Yutaka Uda d'E.I. Sturdza Investment Funds sur les actions japonaises

11.06.2015: interview de Yutaka Uda, EI Sturdza Investments Funds, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV

Le Japon émerge d'années de léthargie

L'Agefi, 11.06.2015

 

EI Sturdza Investment Funds. Réindustrialisation au Japon. De nombreuses industries japonaises relocalisent et les entreprises étrangères sont de retour.

Le Japon a-t-il réellement émergé d'années de stagnation? Yutaka Uda, gestionnaire du Nippon Growth Fund d'EI Sturdza Investment Funds, observe  des tendances très encourageantes, malgré une baisse des perspectives du taux de croissance pour 2015 (reportée sur 2016).

Longtemps pléthoriques, les capacités de production montrent des signes de resserrement. L'écart entre capacité de production et PIB est de même ampleur que celui qui a précédé la crise financière. La pénurie d'emplois génère des hausses de salaire –particulièrement marquée dans les emplois temporaires - qui commencent à contribuer à un essor de la consommation domestique.  Cette hausse de 2,5% est la plus importante enregistrée depuis 1998.

L'équilibre de la balance commerciale se retourne et au déficit enregistré depuis 2011 s'est substitué un excédent depuis le début de l'année. Cause de ce rééquilibrage, le coût unitaire du travail a faibli, au point de devenir compétitif avec celui de la Chine, et une première vague de relocalisation est en marche. C'est le cas de Daikin qui sous-traitait une partie de sa production en Chine et la relocalise à Kusatsu et à Shiga ou encore de Panasonic, de Sharp ou de TDK, au sein d'une liste qui s'allonge. Ce n'est pas tout. Les industries étrangères reviennent aussi au Japon.  Apple a acquis une ancienne usine de Panasonic à Yokohama pour y construire son nouveau centre de recherche et développement prévu pour 2016. Il n'y est pas seul. Les fabricants de composants automobiles sont aussi friands d'expertise japonaise.

Le Japon semble en avoir terminé avec une longue baisse de la productivité qui a été l'un des facteurs clés de sa stagnation. Si la productivité industrielle marque une nette reprise, celle des secteurs des services reste toutefois nettement inférieure à celles des Etats-Unis. Dans la restauration et l'hôtellerie par exemple, elle est inférieure à 40% de la productivité américaine.  L'utilisation de robots dans les services devrait booster cette productivité et contribuera à un essor de l'industrie robotique. 

Du côté d'un investissement qui languissait, les entreprises de taille petite et moyenne accroissent leurs emprunts destinés aux dépenses de capital pour la première fois en 20 ans. Ces emprunts sont  en augmentation de près de 5% après des  années de décroissance. Les dépenses en équipements informatiques sont sur une courbe ascendante. L'utilisation de l'IT dans les rapports entre les entreprises et leurs clients ou partenaires reste nettement plus faible qu'aux Etats-Unis alors qu'il est reconnu comme un facteur important de productivité. L'usage des clouds informatiques par exemple est encore très limité mais on observe déjà une hausse des ventes de services IT.

Dans le secteur de la construction, les carnets d'ordre sont en nette progression accompagnés d'un coût unitaire en baisse. La préparation des Jeux Olympiques de Tokyo en 2020 démarre. De la reconstruction des équipements sportifs à la construction du village olympique, de l'amélioration des accès routiers à l'expansion de l'aéroport de Haneda et à la création de nouvelles lignes de métro (sans compter les structures hôtelières),  les projets se multiplient. En outre, l'effet de l'assouplissement de l'obtention des visas se confirme, sur un rythme plus élevé encore que celui anticipé par le programme "30 millions de touristes" établi par le gouvernement. L'afflux de 10,36 millions de touristes en 2013 est passé à 13,41 en 2014. Plus du double des chiffres de 2011. Les prévisions pour 2015 sont très optimistes avec 17 millions de touristes attendus. Déjà sur période janvier-avril, 5,9 millions de touristes ont été enregistrés, soit une hausse de 44% par rapport à la même période en 2014.

Pendant ce temps, le taux de vacance des bureaux de Tokyo continue à s'effondrer. De son maximum de 9% en 2011, il était déjà tombé à 7% en 2013 et s'est encore réduit à 5,5% l'année dernière, avec pour corollaire une hausse du prix des loyers. Un second rally est à prévoir.

Dans ce contexte macroéconomique favorable, la rentabilité des fonds propres des entreprises est en hausse marquée, même si elle reste inférieure aux moyennes américaines et mondiales.  Le nouveau code de gouvernance de la bourse japonaise, en vigueur depuis le 1er juin, est bienvenu. Il contraindra les entreprises japonaises à se concentrer davantage sur ce rendement.

Les dividendes payés par les sociétés japonaises s'envolent: à près de 10.000 milliards de yens, ils sont 40% supérieurs à ceux de 2009 mais surtout ont dépassé le plus haut enregistré en 2006 avant la crise et planent très haut dessus des moyennes historiques. Les rachats d'actions par les entreprises se sont également envolés, sans encore atteindre toutefois le niveau pré-crise. Les bénéfices par action marquent aussi une hausse.  Nettement supérieurs à ceux observés sur le marché américain ou européen, ils offrent d'intéressantes perspectives d'investissement dans un contexte où les valorisations restent attractives car les ratios  cours / bénéfices (PER)  -de 10,4 dans l'industrie et de 12,8 dans la finance – restent raisonnables. A noter, le secteur bancaire japonais est plus attractif que ses homologues américains ou européens avec des ratios cours / bénéfices similaires mais des rendements sur fonds propres et sur dividendes plus élevés. La forte croissance économique et une hausse prévue des rendements obligataires à long terme devraient soutenir la performance du secteur bancaire.  

Les fonds de pension japonais ne s'y trompent pas et ont déjà modifié leurs allocations, réduisant leurs positions obligataires pour accroitre le poids des actions dans leurs portefeuilles. Les investisseurs retail suivent.

 

 

 

CV

Yutaka Uda

Yutaka Uda a plus de 43 ans d’expérience dans l’investissement en actions japonaises. Depuis le lancement de la stratégie d’investissement, son portefeuille a surperformé l’indice TOPIX de 26,5% (sur 20 ans). Il a travaillé chez Nikko Asset Management et Baring Asset Management. Yutaka Uda est diplômé de l’Université de Tokyo

Company Key facts

EI Sturdza Investment Funds

EI Sturdza Investment Funds est une société de fonds d’investissement indépendante à développement rapide présente partout en Europe. La société gère 2,7 milliards de dollars d’actifs pour le compte de ses investisseurs. EI Sturdza Investment Funds est spécialiste de l’investissement en actions chinoises, japonaises, européennes et américaines et a développé une expertise approfondie dans les stratégies tournées vers les obligations mondiales et européennes.

01-Capacity-Labour-Constraints
02-Productivity-Japan-China
03-Tourism
04-EPS-rising

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