Investissements financiers et prix des commodities

lundi, 14.09.2015

La Haute école spécialisée de Lucerne a examiné l'impact des investissements financiers sur les prix des matières premières. En collaboration avec l'Université de Bâle. Communiqué.

Dans le cadre d’un projet de recherche mené avec l’Université de Bâle, la Haute Ecole Spécialisée de Lucerne a examiné l’impact des investissements financiers sur les prix des matières premières. Les chercheurs ont analysé plus de 100 études scientifiques et effectué leur propre étude empirique pour 28 matières premières. Ils sont arrivés à la conclusion que les interventions financières ont un effet stabilisateur sur les fluctuations de prix dans le domaine des aliments de base que sont le blé et le maïs, alors qu’elles ont plutôt l’effet inverse sur le marché dans le cas du bétail et de la poitrine de porc.

Les investissements dans les matières premières sont critiqués. On craint qu’ils ne renchérissent durablement les prix des denrées alimentaires et des matières premières agricoles ou accroissent leurs fluctuations, via les marchés de contrats à terme. Ceci soulève des questions d’ordre éthique, surtout pour les denrées alimentaires de base et suscite des discussions en Suisse et à l’échelle internationale sur l’opportunité de prendre des mesures réglementaires strictes voire des interdictions généralisées du négoce.

Il existe déjà quantité d’études évaluant l’influence des acteurs financiers sur les marchés des matières premières en général et sur ceux des denrées alimentaires en particulier. « Ces études ne se distinguent pas seulement les unes des autres par les différents horizons temporels qu’elles examinent. Elles différent également par la façon dont elles mesurent le niveau de spéculation », a expliqué Yvonne Seiler Zimmermann, responsable de projets à la Haute Ecole Spécialisée de Lucerne. Un des problèmes rencontrés est la qualité très variable des études sous l’angle des méthodologies utilisées et de l’interprétation des résultats. « Voilà pourquoi, il est très difficile de comparer les résultats et d’établir une vue d’ensemble, même pour des spécialistes. »

Cette spécialiste de la finance a analysé, conjointement avec Heinz Zimmermann et Marco Haase, deux économistes de l’Université de Bâle, les résultats de 100 études, réalisées majoritairement entre 2009 et mars 2015, pour réaliser une méta-étude. Contrairement aux méthodes employées pour d’autres méta-études, les scientifiques se sont non seulement intéressés aux conclusions des différentes études-sources, mais ils ont également analysé les résultats empiriques détaillés. « L’examen des méthodologies employées nécessite un regard critique, car la corrélation entre spéculation et évolution des prix est parfois justifiée sur la base de graphiques ou de méthodes statistiques inadéquates, qui ne satisfont pas des exigences scientifiques », a déclaré Heinz Zimmermann. Même constat pour les méthodes utilisées pour mesurer la spéculation, qualitativement très différentes d’une étude à l’autre.

Les trois scientifiques ont donc réalisé une méta-étude qui classifie les résultats des études-sources en fonction de leurs particularités et relève les différences. « Notre étude livre ainsi des enseignements différenciés quant à l’influence de la spéculation sur les marchés des matières premières », a expliqué Yvonne Seiler Zimmermann. De plus, la méta-étude met en lumière, pour la première fois, l’origine des différences entre les résultats.

L’équipe de chercheurs est arrivée à la conclusion que 47 % des études examinées concluent à un effet modérateur, autrement dit la spéculation atténue les fluctuations de prix et tend à stabiliser le marché. L’effet serait nul selon 37 % des études et 16 % d’entre elles concluent à une accentuation.

Si on circonscrit l’analyse aux denrées alimentaires, l’effet modérateur est particulièrement marqué pour le maïs, le sucre et le blé, alors que l’on constate un léger effet d’accentuation pour les produits carnés et, dans une certaine mesure, pour le café. Il convient de souligner toutefois que toutes les études estiment que l’impact de la spéculation est très faible.

Outre la méta -étude, l’équipe de chercheurs a réalisé sa propre analyse statistique de l’impact des interventions financière. Ils ont examiné l’évolution de 28 matières premières (denrées alimentaires et non alimentaires) entre janvier 2006 et mars 2015. « Nous avions là la possibilité d’examiner l’influence de la spéculation sur une période donnée définie, avec des critères clairement établis et une méthode statistique unique, ce qui n’était pas le cas pour l’évaluation de travaux existants », a déclaré Marco Haase. Ainsi, on garantit la comparabilité des résultats.

Les résultats corroborent ceux de la méta-étude. Les interventions financières, notamment lorsqu’elles sont massives, tendent à atténuer les variations de prix – surtout pour les produits agricoles. Les produits carnés, pour lesquels on a observé une accentuation, constituent toutefois une exception. Cela dit, les travaux montrent aussi que ces activités, en tant que facteur isolé, sont responsables des fluctuations de prix et de la volatilité à hauteur de 8 % au maximum (et dans une mesure nettement moindre dans la plupart des cas).





 
 
 
 

AGEFI

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