Centres de préoccupation différents

vendredi, 29.07.2016

INTERVIEW. Stress tests, l’Italie se trouve en point de mire. Mais la professeure Diane Pierret attire l’attention sur d’autres établissements sous-couverts.

Christian Affolter

L’édition 2016 du stress test de l’autorité bancaire européenne (ABE) s’inscrit dans un contexte particulièrement tendu. Les établissements italiens et leurs prêts non-performants, tout particulièrement Monte Paschi di Siena, où ils avaient été pondérés correctement de manière trop tardive pour éviter un plan de sauvetage d’urgence, se trouvent au centre de l’attention. Les difficultés de la portugaise Novo Banco, née des cendres de Banco Espirito Santo, à trouver des acquéreurs (L’Agefi du 29 juillet) mettent en évidence un autre pays probablement cité dans les résultats du test de résistance de l’ABE. Selon d’autres mesures, notamment le SRISK co-développé par la Faculté des HEC de l’Université de Lausanne, des établissements français et allemands présentent toutefois au moins autant de risques systémiques. Entretien avec la professeure assistante Diane Pierret de l’Institute of Banking and Finance à la Faculté des HEC de l’UNIL.

Quel type de résultats le stress test ABE génère-t-il?

Contrairement aux éditions précédentes, il n’y aura pas d’indications chiffrées en milliards d’euros sur un éventuel manque de capitalisation des banques européennes. Ce rapport sortira plutôt une série de ratios exprimant la solvabilité des banques dans une situation de stress en 2018. Celle-ci servira ensuite comme base de discussion concernant le processus de planification du capital des banques. Cette conception, qui intègre aussi pour la première fois le ratio de levier, ressemble de plus en plus au test de résistance américain CCAR. Ce dernier prévoit également des sanctions, comme par exemple des restrictions sur le paiement de dividendes.

En ne publiant pas d’indications  en milliards, l’ABE est-elle devenue plus prudente?

Ne pas ajouter à la panique figure probablement en effet parmi les objectifs de l’ABE, la date de publication choisie, vendredi soir, après la fermeture des marchés, étant un autre indice pour cela. Il n’empêche que les banques affichant un ratio de levier inférieur à 4% sont en manque de capital. A partir de cette valeur, il est même possible d’établir un classement des banques et d’évaluer leurs besoins de couverture supplémentaire. L’ajout du ratio de levier au ratio CET1 est crucial. Le cas de Dexia notamment a montré à quel point les actifs pondérés des risques (RWA) peuvent être problématiques dans le cadre des tests de résistance. Notamment en raison de la pondération à risques zéro des dettes souveraines, cette banque avait passé le test en 2011, ce qui ne l’a pas empêchée d’être démantelée quelques mois plus tard.

Quelles sont les principales différences par rapport à la mesure SRISK, que vous proposez?

J’aimerais tout d’abord insister sur la nette amélioration qu’apporte l’inclusion du ratio de levier aux tests de l’ABE. Car le principe du SRISK est le même: il est également une mesure du manque de capital, de la vulnérabilité aux chocs. Mais contrairement aux tests de l’ABE, il s’appuie aussi sur des données de marchés, non seulement de données issues des banques testées. SRISK intègre ainsi les vues des participants, pas seulement celles des comptables ou des experts en ce qui concerne les performances futures des banques. Il est en outre calculé de manière hebdomadaire. Le stress test 2016 de l’ABE s’appuie sur les données à fin 2015, et ne peut donc par exemple pas intégrer les effets du Brexit. Celui-ci pourrait toutefois avoir des effets similaires à un autre type de choc, qui se retrouve déjà intégré dans les scénarios.

Comment expliquer les énormes besoins de capitaux actuels selon SRISK?

Notre mesure affiche des valeurs plus élevées notamment parce qu’elle s’appuie sur la capitalisation boursière, non pas sur la valeur comptable. Depuis la création de l’Union Bancaire en novembre 2014, le ratio entre la valeur de marché et la valeur de comptable (market-to-book) a fortement chuté, les banques ayant perdu près de la moitié de leur capitalisation boursière. Les participants aux marchés s’attendent par conséquent à une dévalorisation des actifs par rapport au montant que les banques ont inscrit dans le bilan. Les prêts non-performants en Italie n’en sont qu’un exemple. Les établissements les plus exposés ne se trouvent pas forcément en Italie. Notre classement est emmené par trois banques françaises, ainsi que par Deutsche Bank.

BNP Paribas se trouve en tête du classement...

Son ratio market-to-book est très bas, et cette banque affiche le ratio de levier le plus bas en Europe. Elle ne dispose donc pas de suffisamment de fonds propres pour absorber des pertes, surtout si elle doit vendre des actifs à un prix plus bas que celui inscrit dans le bilan.

Les banques françaises ont pourtant rarement été citées par l’ABE.

Chez nous, elles ont toujours été en point de mire. Notre approche est beaucoup plus top-down, uniquement basée sur des données publiques. Car le prix est le reflet de toutes les informations publiquement disponibles. Nous estimons que la comparaison entre les deux résultats peut également générer beaucoup d’informations. Les tests de l’ABE sont plus détaillés en ce qui concerne les types d’actifs et les problèmes, ils ont accès à des données plus confidentielles, notamment en ce qui concerne la pondération des risques.

Mais quelle est donc la visée de SRISK?

Elle offre des informations complémentaires et un suivi régulier, grâce au calcul hebdomadaire en appliquant des critères invariables. C’est dans ce sens-là que cette mesure est notamment utilisée par la Fed pour surveiller l’évolution. Elle chiffre également les besoins en capital, ce que ne fait plus l’ABE. Cela dit, il n’est évidemment pas forcément possible de recapitaliser les banques au niveau de SRISK sans intervention publique (les besoins pour BNP Paribas s’établissent actuellement à 93 milliards d’euros pour être couverte au cas d’une chute de 40% des marchés actions mondiaux en six mois).


 
 



 



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