La diplomatie internationale invisible dans le Golfe

dimanche, 02.07.2017

Il n'y a pas de légitimité internationale aux demandes de l'Arabie saoudite envers le Qatar, selon un expert de la région. Pourtant, la diplomatie internationale est restée très discrète après la mise au ban de Doha par l'Arabie saoudite et ses soutiens. La Suisse pourrait avoir la légitimité diplomatique pour intervenir.

Le jeune prince Mohammed Ben Salman. Ministre de la défense, il a été l'artisan de l'intervention de Ryad au Yémen

"Il y a un jeu de puissance qui met le chaos dans le Golfe", souligne Gabriel Galice, président du Conseil de Fondation de l'institut international de recherches pour la paix à Genève (GIPRI) qui travaille sur le Moyen-Orient. "Des deux côtés, on montre ses muscles", explique-t-il à l'ats.

Selon l'expert, la politique étrangère du président américain aurait pu servir d'étincelle à l'action de l'Arabie saoudite. "Trump fait du bricolage au niveau de sa politique étrangère. Il fait comme si l'Arabie saoudite n'était pas tout autant responsable que le Qatar du terrorisme."

Après avoir reçu le prince héritier saoudien à Washington, Donald Trump s'était rendu en Arabie saoudite en mai. Des contrats pour plus de 380 milliards de dollars y ont été signés, notamment pour du matériel militaire, et le président américain a fait des déclarations contre l'Iran. Washington donnait ainsi un signal fort à Ryad.

"Il ne faut pas oublier que l'Arabie saoudite, comme le Qatar, n'est pas un Etat unifié, mais plutôt une cour ou chacun à une certaine autonomie." C'est le cas pour le jeune prince Mohammed Ben Salman. Ministre de la défense, il a été l'artisan de l'intervention de Ryad au Yémen, conflit dans lequel le royaume représente les Etats-Unis.

Sous l'impulsion du jeune prince qui est devenu l'héritier du trône le 21 juin, le royaume a entrepris de nombreux changements. La crise avec le Qatar intervient dans le cadre de ce changement de dynamique dans la politique étrangère du royaume.

Se refaire une virginité

Pour Ryad, c'est "l'occasion de tenter de se refaire une virginité en renvoyant les accusations de terrorisme sur l'Iran et le Qatar", explique M. Galice. L'Arabie saoudite cherche à "assurer sa position de leadership", principalement face à l'Iran.

Ryad pourra donc difficilement reculer dans la confrontation, même si cela reste une possibilité en "y mettant les formes" pour ne pas perdre la face. L'autre option, si Doha ne cède pas, c'est le coup d'Etat qui "n'est pas si difficile à ourdir au Qatar", selon M. Galice.

"Même une intervention militaire est envisageable", ajoute-t-il, tout en soulignant qu'il faut prendre en compte le soutien de la Turquie au Qatar. Et si Doha cède aux exigences, le pays sera de fait sous tutelle.

Pour éviter ces scénarios, le Qatar "est en train de conforter ses alliances", notamment avec la Turquie et l'Iran. Au niveau de la communauté internationale, si les appels au dialogue se sont multipliés, le ton reste toutefois prudent. La France a estimé que le conflit devait se régler au sein du Conseil de coopération du Golfe (GCC) et non par des interventions externes.

Les Etats-Unis, qui pourraient pousser à une résolution de la crise, sont pris par "des dissensions internes, entre le Département d'Etat, la CIA et l'administration Trump" sur la question.

"Une diplomatie invisible est très certainement déjà à l'œuvre" de la part des grandes puissances, selon M. Galice. Mais, "pour sortir de la crise, il faut arrêter de faire des plans séparés et se mettre autour de la table pour discuter et trouver une solution globale aux crises du Moyen-Orient."

Face à cette vacance de la diplomatie internationale, "la Suisse pourrait jouer un rôle important dans la résolution de la crise. Par sa tradition, elle a une légitimité diplomatique pour intervenir", selon le spécialiste. "Comme place financière, elle a également un accès à des réseaux financiers qui pourrait lui permettre de faire levier. Elle peut geler des comptes", conclut l'expert.

Didier Burkhalter a déjà pris contact avec le ministre koweïtien des affaires étrangères qui sert de médiateur dans la crise, selon un porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) contacté par l'ats.

La Suisse a d'ailleurs offert ses services de médiation pour favoriser le dialogue dans la crise. L'ambassade suisse à Doha reste en contact avec les autorités ainsi qu'avec les 124 Suisses expatriés au Qatar. (awp)


 
 

 


...