Brexit: le pessimisme n’a plus de sens

vendredi, 24.06.2016

COMMENTAIRE. François Schaller

François Schaller, rédacteur en chef de «L'Agefi»

Voilà, c’est fait, et la première réaction est de se demander comment il est possible que l’on ait pu imaginer autre chose. La grande tentation est aussi de refaire le débat à la lumière de la décision populaire  finalement prise par les Britanniques. Mais à quoi bon? A la différence de ce qui se passe en Suisse lors de scrutins portant sur la question européenne, cette issue semble déjà irréversible en Grande-Bretagne. Le score du Brexit est plus élevé que prévu, mais pas énorme. Il n’est pourtant guère question de trouver des subterfuges politiques permettant d’en réduire la portée. Ni de revoter parce que le peuple se serait trompé.

Il était possible et réaliste avant le vote d’affirmer qu’il aurait de toute manière des effets négatifs pour tout le monde. Dans un premier temps, quelle que soit l’issue. Qu’il était donc préférable que rien ne change, sur le plan institutionnel tout au moins. Ce pessimisme n’a plus de sens aujourd’hui. Le Brexit est une réalité avec laquelle les entreprises et chaque Etat devront composer. Autant faire en sorte que les choses se passent au mieux, sans ressentiment, sans volonté de prouver que l’on avait quand même raison, sans rétorsion. La plus grande difficulté sera évidemment que la plupart des dirigeants du monde politique et économique qui auront à gérer le Brexit sont aussi ceux qui y étaient les plus opposés. Dieu sait si la Suisse a connu cela… et connaît encore.    

Le Royaume-Uni va peut-être y laisser son unité, l’Union européenne aussi, et c’est bien de cela qu’il s’agit: il faudra compter dix ans de détricotage et de brume en Europe. Avec les inconnues inhérentes à ce genre de situation, ce qui ne va certainement pas favoriser la conjoncture globale. Encore que… D’autres éléments ailleurs dans le monde, dont des calendriers électoraux, seront très vite susceptibles de reléguer l’Europe et son manque chronique de visibilité au second plan.

S’agissant de la Suisse précisément, le choc d’aujourd’hui donne l’impression que tout est redevenu possible. Ou impossible, ce qui revient au même en un certain sens: l’espoir est peut-être perdu de sortir les Européens de leur idéologie, de les ramener à la raison, au pragmatisme des intérêts bien compris. Il n’y a donc plus rien à perdre.

Le plan du Conseil fédéral s’impose: mettre fin unilatéralement et dans les temps à la libre circulation des personnes à partir de l’an prochain pour appliquer l’initiative migratoire votée par le peuple le 9 février 2014. La plus grande inconnue devient la réaction de Bruxelles dans un nouvel environnement politique qui sera dominé par de nouveaux référendums nationaux, ou menaces de. Ce n’est pas être pessimiste que de penser qu’il faudra, toutes choses restant égales par ailleurs, dix ans de détricotage pour se retrouver dans une situation à peu près stabilisée. Et une atmosphère un peu plus sereine.          





 
 
 
 

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