Parité hommes-femmes: la Suisse parent pauvre

mardi, 11.04.2017

Equileap publie ce mardi une étude portant sur 3048 sociétés cotées. La Suisse fait figure de parent pauvre. Seuls trois noms figurent au Top 200: Novartis au 41e rang, Roche au 69e et Credit Suisse au 172e.

Nicolette de Joncaire

Diana Van Maasdijk. Le classement incitera les entreprises à devenir plus volontaristes.

Faudra-t-il vraiment attendre 2186, soit 170 ans, pour voir se réaliser l'égalité réelle entre hommes et femmes comme le prédit le  Forum économique mondial (WEF)? C'est la question que se sont posée Diana Van Maasdijk et Jo Andrews, co-fondatrices d'Equileap, une organisation qui a fait de la parité - inscrite dans la loi de la plupart des pays développés  - sa priorité.

Pour progresser, il faut d'abord mesurer. Equileap publie ce mardi une étude* portant sur 3048 sociétés cotées dont la capitalisation est supérieure à 2 milliards de dollars dans 23 pays développés. L'étude classe les sociétés en fonction de 19 critères répartis sur 4 domaines clés.

Si ce rapport n'est pas le seul du domaine, c'est sans doute le plus complet. Bloomberg publie depuis deux ans une enquête similaire mais elle est réservée aux établissements financiers. Quant à Catalyst, il publie depuis 10 ans un travail du même type mais cible exclusivement les sociétés américaines. L'étude du WEF, pour sa part, établit un classement par pays et non par société.

"Les entreprises qui verront leur performance publiée seront encouragées à mieux faire. Le classement les incitera à devenir plus volontaristes et plus transparentes" estime Diana Van Maasdijk.

Rang

Société

Pays

Secteur

Groupe

1

L'Oreal

France

Consommation, non-cyclique

Cosmétiques/Hygiène

2

Pearson

UK

Communications

Media

3

Natl Aust Bank

Australie

Finance

Banques

4

Sodexo

France

Consommation, cyclique

Services alimentaires

5

BTG

UK

Consommation, non-cyclique

Pharmaceutiques

6

Telia Co Ab

Suède

Communications

Télécommunications

7

Westpac Banking

Australie

Finance

Banques

8

Seb

Suède

Finance

Banques

9

Elisa Oyj

Finlande

Communications

Télécommunications

10

Diageo

UK

Consommation, non-cyclique

Boissons

 

Pas de surprise Norvège, Suède, Pays-Bas, Finlande et Royaume-Uni arrivent en tête avec respectivement 58%, 38%, 35%, 33% et 28% de leurs entreprises dans les Top 200. "Il existe une corrélation évidente entre les politiques par pays et les performances des entreprises. A condition que ces politiques ne soient pas restreintes à une approche limitée comme la présence de femmes au conseil d'administration" confirme Diana Van Maasdijk.

La Suisse fait figure de parent pauvre. Seuls trois noms figurent au Top 200: Novartis au 41e rang, Roche au 69e et Credit Suisse au 172e, soit seulement 4% de l'échantillon helvétique de 68 sociétés.

En dépit de leur féminisme autoproclamé, les Etats-Unis font encore moins bien: seules 30 des 1321 sociétés américaines de l'univers rejoignent le Top 200, soit un tout petit 2%. Les Etats-Unis n'ont d'ailleurs jamais ratifié la convention du Bureau International du Travail sur les congés maternité. On note d'ailleurs au Top 200 l'absence des ténors de la technologie. Ni Google, ni Microsoft, ni Facebook ne se hissent au niveau des 200 meilleurs. L'approche sectorielle confirme cette constatation: seul 1 société sur 74 du secteur de l'internet rejoint le groupe de tête.

 

Avec une forte présence au Top 200 (35 sociétés), les banques pourraient sembler avant-gardistes. Ce n'est qu'un effet d'optique du à leur surreprésentation dans l'univers de départ, basé sur la classification Bloomberg (177 sociétés soit 6% du total). Moins de 20% des banques atteint le Top 200, contre 50% pour le secteur des services alimentaires et plus de 20% pour les cosmétiques, les télécommunications et l'eau. De manière plus générale, l'échantillonnage pose quelques problèmes. A titre d'exemple, citons justement le secteur des services alimentaires qui ne compte que deux sociétés dans l'univers de base.

 

En conclusion, les performances restent insuffisantes. Aucune société, même parmi les meilleures, n'a totalisé plus de 22 points sur 35 et ne dépasse la notation B. Seules cinq d'entre elles appliquent une politique de salaires réellement égalitaire (écart de +/-3% entre hommes et femmes) et seules 19 (10%) appliquent des mesures visant à réduire cet écart.

Equileap renouvellera son étude annuellement et publiera des rapports sur les entreprises trimestriellement. De plus, l'organisation lance une famille d'indices sur la parité en partenariat avec Solactive.

 

* Gender Equality: Global Report and Ranking, 2017

 

 


 



 



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