Trump: le vrai début du XXIe siècle

mercredi, 09.11.2016

François Schaller

Les historiens ont l’habitude de dire que le XIXe siècle s’est en réalité achevé en 1914, et que le XXe a vraiment commencé en 1918. Par analogie, l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, venant juste après le Brexit, donne l’impression que le monde n’est entré que cette année dans le XXIe. De plain-pied. Qu’un populiste au sens le plus neutre (sans connotation morale ni méprisante) parvienne ainsi, à la régulière et sans contestation sur le résultat, à la tête de la première puissance du monde, laisse penser que tout est devenu possible dans ce registre. On pense évidemment au Front national en France, mais c’est dans tous les Etats développés que les partis traditionnels, de gauche surtout, sont mis au défi d’une actualité ne pouvant plus se contenter de répondeurs automatiques.    

Ce qui est contesté depuis des années dans le monde développé, avec un succès croissant malgré des résistances massives disposant de moyens très supérieurs, ce sont à peu près tous les schémas et automatismes de pensée hérités du XXe. De la seconde moitié en particulier, suite au double traumatisme des guerres mondiales.

Sur le plan économique en premier lieu, c’est surtout l’idée que le protectionnisme relève du tout ou rien qui ne tient plus sous les coups de boutoir. Et qu’il conduit automatiquement aux guerres nationales et impériales. Il est intrigant d’ailleurs de se dire que le thème a été débattu pendant des semaines avec succès dans une Amérique qui passe auprès de ses concurrents-partenaires pour l’Etat le plus protectionniste du monde développé. 

Sur le plan politique, c’est la conviction très ancrée et anxiogène que le populisme, dans ou hors partis traditionnels, mène directement à la fin de la démocratie et au retour des dictateurs du XXe siècle. Elle sera de plus en plus confrontée ces prochaines années au principe de vérification. Sa vraisemblance semble déjà bien entamée dans une configuration institutionnelle comme les Etats-Unis. Si Trump fait l’idiot, comme il l’a promis, ne sera-t-il tout simplement pas reconduit dans quatre ans? Parmi les citoyens qui l’ont élu, n’y a-t-il pas une part décisive de gens lassés mais plutôt raisonnables, qui ont juste voulu tenter l’expérience? Et qui reviendront sagement en arrière si elle ne s’avérait pas concluante? Milliardaire ou pas, on voit mal Trump mettre fin à la démocratie américaine.   

S’agissant de questions de société, racisme et xénophobie compris (le plus sensible), ce n’est probablement pas sur le fond que de grandes divergences existent: il est difficile de croire au retour programmé des pogroms. C’est la manière d’en parler, de moraliser sans nuance le moindre problème, héritée jusqu’à la caricature des désastres du XXe siècle, qu’une partie toujours plus importante de l’opinion ne supporte plus.

Très XXe, la génération du baby boom a fait de l’antifascisme le début et la fin de toute chose. Un peu à la manière du XIXe en Europe, hanté par le retour du bonapartisme (que Napoléon III n’a pas vraiment incarné…). Il a fallu attendre la fin du siècle pour que cette phobie disparaisse. Il faudra probablement patienter encore un peu pour que le terme «facho» devienne en français une simple marque de mode.

Ce n’est d’ailleurs pas un moindre paradoxe dans cette élection, tellement habitée par le show numérique et les réseaux sociaux, que le vainqueur soit un septuagénaire. On savait que les technologies avaient en général des effets totalement imprévisibles sur la société. Qui eut dit, lors de l’apparition de Facebook, que ce miracle allait surtout bénéficier au populisme le plus conservateur (au sens du XXe)? Tout a changé dans la manière de faire de la politique, mais on est encore loin d’être au clair sur ce qu’elle sera dans une génération.





 
 
 

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