La BCE en tension avec la Bundesbank dès mercredi

mardi, 19.07.2016

La banque centrale européenne n'a pas beaucoup de choix pour réagir au Brexit, mais les Allemands voient en la réunion des gouverneurs une chance de faire avancer leur projet.

Conrad Bertez

Le politique de la BCE ne risque pas de beaucoup changer si tôt apres le Brexit, mais Jens Weidmann peut avancer le projet de la Bundesbank.

Le politique de la BCE ne risque pas de beaucoup changer si tôt apres le Brexit, mais Jens Weidmann peut faire avancer le projet de la Bundesbank. (Reuters)

C’est demain que commence la réunion du conseil des gouverneurs de la banque centrale européenne (BCE). Elle se conclura jeudi par une conférence de presse à laquelle prendra part Draghi. Ostensiblement, le point central de la réunion est de déterminer la réponse de la banque au referendum britannique. Malheureusement pour les régulateurs, sur ce point, il n’y a pas encore beaucoup d'éléments sur lesquels ils peuvent espérer fonder une réponse.

Près d’un mois a passé depuis le Brexit, et le prochain grand indicateur économique qui nous permettra de voir les conséquences de l’évènement, le PMI de la zone euro, ne sort que vendredi. L’indice de sentiment allemand ZEW, paru mardi, est bien plus en recul que prévu, mais sa faible corrélation avec la croissance suggère qu’il ne sera pas pris très sévèrement pris en compte par les banquiers centraux.

Tout cela veut dire que la réponse de la BCE au Brexit sera probablement la même que la réponse de la Banque d’Angleterre la semaine dernière: une non-réponse. En attendant d’en savoir plus, les politiques de la BCE, quantitative easing (QE), ou de taux d’intérêt, resteront probablement les mêmes sans modification en rapport avec le référendum britannique

Le Brexit n’est néanmoins pas la seule chose à laquelle la banque doit réagir. Malgré le programme de QE, l’inflation ne repart pas en Europe. Elle stagne depuis janvier. Il y a bonne raison de penser que Draghi cherchera à encourager les états à faire plus de stimulus fiscal en réponse. Cela fera surement l’objet d’un débat, voire d'une déclaration.

Alors que Draghi voudrait surement voir une politique fiscale plus stimulante de la part des états, la Bundesbank de Weidmann est encline à durcir la position de l’Union européenne sur ceux-ci. La banque centrale allemande annonçait d’ailleurs lundi qu’elle voudrait voir le mécanisme de stabilité européen (ESM) doté du pouvoir de réguler les budgets des états de l’Union. Cette position ferme est renforcée par l’annonce de Weidmann lundi que l’économie allemande allait repartir au troisième trimestre, et que ses fondamentaux sont solides. Rien qui suggère un désir ou un besoin de relance du côté allemand.

L’élément le plus important auquel les gouverneurs des banques centrales devront répondre dans les deux prochains jours est une suggestion faite par la Bundesbank dans ses propositions de réformes de lundi. La banque allemande voudrait voir insérer une clause dans les contrats des dettes souveraines européennes mandatant l’extension automatique de la maturité de ces titres pour trois ans en cas de difficultés financières, sans que la dette soit considérée comme étant en défault.

Si cette proposition venait à être mise en oeuvre, ce serait une véritable réintroduction du risque dans la dette souveraine qui est jusqu’ici traitée comme refuge ultime.  Que la dette soit considérée en défault ou non est bien moins important pour les investisseurs que le fait qu’ils risquent de ne pas recevoir leur argent pendant des années si un état vient à être considèré comme vulnérable par le mécanisme de stabilité européen.

Le retour du risque dans la dette souveraine serait la prochaine étape du projet allemand de séparation entre les banques et les états. Depuis longtemps, l’Allemagne conteste le fait que la dette souveraine soit considérée comme sans-risque dans le calcul des ratios de capital des banques. Les régulateurs allemands  pensent que les banques des pays périphériques s’en servent pour faire baisser leurs niveaux de risque cosmétiquement, tout en posant d’énormes risques pour leurs souverains si jamais elles se trouvent en risque de faillite. Ainsi, les états sont contraints de sauver les banques afin de sauver leur propre crédit.

Les Allemands n’ont jusqu’ici pas réussi à briser ce lien entre les souverains et les banques. Cela faisait d’ailleurs quelques temps qu’ils n’avaient pas renouvelé leurs efforts. Mais la situation des banques italiennes, qui détiennent plus de 10% de la dette de leur gouvernement, est en train d’empirer. L’Allemagne sait que c’est elle qui devra payer le plus si la situation italienne devient critique, et elle n’a nullement l’intention de rester sans rien faire.

 

 

 

 





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki


 

Rejoignez-nous


 


...