Hantise de la titrisation aux Etats-Unis

vendredi, 22.01.2016

Les défauts d’entreprise du secteur huiles de schiste se multiplient. De même que les provisionnements bancaires.

François Schaller

C’est actuellement le thème dominant aux Etats-Unis. Surtout depuis l’annonce des provisions constituées par les banques anticipant une augmentation des défauts de leurs débiteurs actifs dans l’énergie. Dans le secteur du schiste en particulier,  dont la rentabilité est menacée par l’évolution des prix du brut. Les cours se sont en effet contractés de plus de 75% ces deux dernières années. Première question: a-t-on affaire à une bulle qui pourrait éclater ces prochains jours ou ces prochaines semaines, lorsque les banques cesseront de souffler? Seconde question, la plus anxiogène en fait: dans quelle mesure l’éclatement d’une bulle de ce genre serait-elle systémique?  

Depuis ses débuts, l'activité de forage dans les huiles de schiste a massivement recouru à l'endettement. Et les besoins en capitaux sont beaucoup plus importants que dans l’extraction traditionnelle (épuisement rapide et forages permanents).  A 90 dollars de baril, les perspectives bénéficiaires étaient importantes et les banques ont suivi. La régulation bancaire s’en est préoccupée, ce qui suffit à bloquer tout soutien financier à des entreprises menacées. Même si la probabilité n’est de loin pas nulle que les cours du pétrole se ressaisissent d’ici dix-huit mois.

A 40 dollars le baril, les aménagements de dettes étaient encore possibles, et la production poussée au maximum pour compenser le manque à gagner unitaire. A moins de 30, la situation devient clairement critique. L’an dernier déjà, plus de 40 producteurs de pétrole et de gaz ont déposé le bilan. Leur dette cumulée s'élevait à 17 milliards de dollars. Comment les choses vont-elles se passer cette année? Difficile à dire, parce qu’il est difficile de prévoir de manière crédible l’évolution du brut après ce qui s’est passé ces deux dernières années (qui n’avait guère été prédit). 

Le risque systémique sur le secteur bancaire américain (puis mondial) semble pourtant assez faible. Les grandes références de la branche affirment avoir une exposition en  réalité limitée, bien que les pertes commencent à se faire sentir. Wells Fargo serait exposé à hauteur de 17 milliards de dollars au secteur énergie, a déjà perdu 118 millions au quatrième trimestre 2015 (L’Agefi du 15 janvier), et provisionné 1,2 milliard de dollars (de quoi couvrir seulement 7% de son portefeuille).

JPMorgan Chase a prévu de provisionner 1,3 milliard si le brut se maintenait d’ici le milieu de l’an prochain autour des 30 dollars. Citigroup 850 millions, qui pourraient être doublés si les cours descendaient autour des 25 dollars. Autant de montants qui ne sont pas de nature à effrayer le marché. La menace est en revanche plus lourde s’agissant de certaines banques régionales dont les taux d'exposition peuvent s’élever à près de 100% de leurs capitaux propres. Certaines figurent sur la liste des banques régionales systémique.  L’occasion peut-être de tester la pertinence régulatoire de ce genre de liste.

Les banques ont-elles titrisé les prêts octroyés aux entreprises du secteur pétrolier, et vendu ces produits à des investisseurs? Probablement, et l’on peut faire le même constat s’agissant des crédits personnels relativement généreux consentis depuis cinq ans aux acquéreurs d’automobiles, qui ont permis à cette industrie américaine traditionnelle de se redresser après intervention de l’Etat. La différence par rapport à la problématique de titrisation qui avait déclenché la crise de 2008 par effet de panique, c’est que cette pratique est aujourd’hui identifiée. Le degré de contamination dans le secteur financier global, grande inconnue en 2008, devrait être plus facilement et rapidement mesurable. Et les effets psychologiques moins brutaux et moins destructeurs. Dans les raisons évoquées s’agissant de la baisse des marchés financiers depuis le début de l’année, les inconnues liées à la titrisation ne paraissent pas déterminantes à ce stade.    


 

 


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