«Notre carnet de commandes est en chute libre de 87% au premier semestre. Et le chiffre d’affaires de 67%. C’est la désolation. J’en ai perdu le sommeil». Ce CEO d’une petite entreprise jurassienne active dans les machines-outils préfère témoigner de manière anonyme, ne voulant pas affoler son personnel. D’ici quelques semaines, il sera toutefois contraint, admet-il, de licencier du personnel, alors qu’une partie de son usine tourne déjà au ralenti en raison du chômage partiel. Cet exemple illustre les immenses difficultés auxquelles doit faire face l’ensemble de l’industrie suisse. Le premier semestre s’est avéré meurtrier, comme l’a concédé hier à Berne Swissmem, en des termes évidemment plus mesurés.
L’association faîtière de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux a dressé un tableau des plus noirs: diminution de plus d’un quart en moyenne des commandes au premier semestre, recul d’un cinquième du chiffre d’affaires et perte de quelques 17000 emplois depuis septembre de l’an passé. Ces trois chiffres montrent que la branche se trouve toujours aux soins intensifs. Si la situation s’est quelque peu normalisée par rapport aux précédents mois, la courbe est toujours et invariablement sur la pente descendante. Conséquence : les restructurations, les licenciements, le chômage partiel et les faillites vont se poursuivre. Quelque 10.000 postes de travail supplémentaires seraient menacés. Et l’addition finale pourrait être encore plus lourde car aucune reprise digne de ce nom n’est attendue avant le deuxième semestre 2010. L’industrie se prépare donc au pire. A tel point qu’elle continue de travailler avec les banques à son projet d’un fonds relais. Très sceptique sur le sujet il y a encore quelques semaines, Swissmem a même opéré une volte-face inattendue au sujet de l’extension des réductions de l’horaire de travail (RHT). La crise faisant loi, l’association milite désormais pour le passage à 24 mois contre 18 actuellement. Sera-ce suffisant ? «Le temps que le tout soit mis en place, ce sera bien trop tard pour moi», s’inquiète l’industriel jurassien.
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